La cuisine, Yann Maget l’a découverte avec ses grands-parents, propriétaires d'un hôtel-restaurant à Thionville, en Moselle. Mais aussi pendant les vacances d’été du coté de Sisteron. « Tous les matins on allait au marché. Les journées étaient rythmées par les repas. Ce sont des moments en famille qui m’ont fait apprécier les bons produits et donné le goût du partage » raconte-t-il. Et ce sont ces bons souvenirs qui l’ont incité à choisir la cuisine comme voie professionnelle.
Yann Maget, une identité culinaire aux influences XXL
Dans les Cotes d’Armor, Yann Maget fait revivre les cuisines du domaine de Locguénolé à Kervignac. Formé notamment par Pierre Gagnaire et Yannick Alléno, il développe une cuisine inattendue, couronnée par une étoile au guide Michelin.

Son brevet en poche, il intègre Le Meurice à Paris, au côté de Yannick Alléno, d’abord au service des petits déjeuners, puis en cuisine. Durant 14 ans, il enchaîne les expériences avec quelques-uns des plus grands chefs, triplement étoilés au guide rouge : Pierre Gagnaire, Kei Kobayashi. Puis il quitte Paris pour Saint-Francisco, passe un an au Quince avec Michael Tusk, revient dans la capitale française où il devient le second d’Éric Fréchon au Bristol où s’activent plus de 100 personnes en cuisine.
Des expériences très variées qui l’ont aidé à se construire sur des bases solides. De chacun, il s’est imprégné du meilleur. « J’ai découvert plusieurs visions de la cuisine, des manières très différentes de préparer un même produit ». Ce qui lui a permis d’élargir sa palette pour s’ouvrir de nouveaux horizons.
De Paris à la Bretagne
En 2023, il confirme ses acquis en décrochant le titre de Meilleur Ouvrier de France (MOF) et décide d’arrêter de faire la cuisine des autres pour voler de ses propres ailes. L’atterrissage se fait en Bretagne à Kervignac, à 20 minutes de Lorient d’où est originaire sa femme. « Tout était à faire au domaine de Locguénolé. On repartait de zéro. C’est ce qui nous a séduits » raconte Yann Maget qui a pensé sa cuisine en fonction de sa nouvelle terre d’adoption. « Ce qui n’empêche pas des ouvertures plus lointaines pour aller chercher une note, un parfum, une épice » souligne le chef qui revendique une cuisine simple, lisible avec l’idée que chaque saison soit une expérience renouvelée. « Ma philosophie n’est pas de déstructurer le produit, mais de le cuisinier tel qu’il est, en le magnifiant avec un assaisonnement, une sauce, un accompagnement en accord. Et sans jamais perdre de vue que la technique doit d’abord être au service du goût et de l’émotion ».
Dans ce qui caractérise le plus sa cuisine, il y a cette recherche permanente de l’acidité qu’il va chercher dans les agrumes qui murissent sous l’une des serres du domaine ou parmi cette belle collection de vinaigres qu’il a constituée. « J’aime tout particulièrement les vinaigres à fermentation naturelle produits dans le nord de l’Espagne qui apporte un côté boisé et très frais » souligne-t-il.
Des essais tous les soirs avant le service
Les associations délicates et affirmées de produits entre terre et mer sont l’un des autres marqueurs de sa cuisine, à l’image de ces encornets au cochon servis avec une sauce charcutière, de ces huîtres juste grillées associées à de la saucisse, ou encore de ces ormeaux confits, snackés au beurre d’algues et accompagnés de tripes de veau croustillantes. Autant de créations audacieuses qui naissent du travail collectif de la brigade. « Chaque soir entre le briefing et le début du service, on lance des essais. Chacun apporte ses idées, formule ses remarques. Quelques fois, le plat est créé au bout de deux jours. D’autres fois, il faut un mois pour aboutir » raconte Yann Maget qui attache une importance toute particulière à ces rendez-vous qui structurent une équipe en la faisant avancer ensemble.
La cuisine, si elle est d’abord affaire de goût doit aussi être un plaisir pour les yeux. Aussi, Yann Maget, féru de dessin et de design apporte-t-il un soin tout particulier au dressage de ses assiettes, mais aussi à la manière dont sa cuisine va être présentée aux clients. Pour cela, il dispose d’une salle propice à la mise en scène : une verrière de style victorien au charme capiteux, ornée de plantes et éclairée par des luminaires orangés. Cet ensemble de verre et de métal qui domine les eaux du Blavet, un fleuve côtier qui se jette dans la rade de Lorient est une formidable invitation à l’évasion.
Spectacle en salle
C’est dans cet écrin que le service, dirigé par Pauline, l’épouse du chef, livre sa meilleure partition. Ici, on cuit une minute à 100 degrés une langoustine à l’eau de mer, devant le client. Là, on découpe un carré d’agneau ou on flambe un dessert. Le spectacle est permanent et se prolonge jusqu’en cuisine où une table a été aménagée pour deux couverts. A tour de rôle, les convives viennent y déguster un de leurs plats. L’occasion de suivre durant une dizaine de minutes le rythme de la brigade en plein coup de feu. Bref, le service n’est jamais figé. Il met également en avant le travail attentif de la sommellerie qui propose quelques pépites y compris bretonnes, à l’image de cet assemblage pinot noir/grolleau du domaine des Longues Vignes, à côté de Saint-Malo.
Les desserts prolongent ce voyage sensoriel avec la cheffe pâtissière Annabelle Lévêque qui signe des créations sucrées, raffinées et contemporaines, en résonance avec l’univers du chef. Témoin cette salade de pamplemousse et citron caviar déposée dans une mousse givrée au poivre du Vietnam, accompagnée d’une chips de pamplemousse, d’une crémeux de yaourt à la grecque et d’un granité de champagne rosé ! C’est aussi frais qu’audacieux. Ces partitions précises sans jamais être démonstrative ont valu en 2025 à Annabelle Lévêque, le prix passion dessert et au chef Yann Maget, une première étoile au guide Michelin. Le résultat d’un engagement collectif et inspirant qui marie l’élégance de la tradition et l’audace de l’innovation.

Coup de cœur
Un château du XIXe siècle

Le château du domaine de Locguénolé a été bâti au début du XIXème siècle, sous l’impulsion du comte de la Tour Maubourg. Mais ce n’est après la deuxième guerre mondiale qu’il a été transformé en hôtel par l’une de ses héritières. Dans les années soixante-dix, le restaurant a obtenu une, puis deux étoiles au guide Michelin avant de sombrer dans l’oubli. En 2020, il est racheté par le groupe Beautiful Life Hotels qui investit 30 millions d’euros dans sa rénovation. Autour d’un parc de 25 ha dominant le Blavet, le domaine a doublé sa capacité d’accueil. L’hôtel classé 5 étoiles compte désormais 44 chambres et suites, ainsi que deux restaurants. On y accède bien sûr en voiture, mais aussi en bateau grâce à un ponton qui permet de relier la rade de Lorient, en naviguant sur le Blavet.
Yann Maget, une identité culinaire aux influences XXL

Le domaine de Locguénolé est accessible en bateau depuis la rade de Lorient. Photo : Christophe Le Potier. 
Le château a été bâti à l'initiative du comte de La Tour Maubourg. 
Yann Maget dans la serre du domaine. Photo : Christophe Le Potier. 
La verrière qui abrite le restaurant a été réalisée en 2022. Photo : Christophe Le Potier. 
Le bar de l'hôtel et du restaurant. 
Le restaurant L'Inattendu tire son nom de l'un des navires qui sillonnaient la route des Indes depuis Lorient. Photo : Christophe Le Potier. 
Yann Maget a été formé par Pierre Gagnaire, Yannick Alléno, Kei Kobayashi et Eric Fréchon. Photo : Christophe Le Potier. 
Ris de veau, cresson, anchois et sarrasin. Photo Julien Mota. 
Le chef avec sa femme, Pauline Sebilleau Maget, directrice de la salle. 
Palet de cochon croustillant, huitre pochée, coulis de roquette, jus de cochon et de coquillage. 
Yann Maget et son second Mathieu Vion. 
Langoustine cuite à l'eau de mer, feuilles de sucrine, mayonnaise et pop-corn de sarrasin. 
La cheffe-pâtissière, Annabelle Lévèque, honorée par le prestigieux prix passion Dessert du guide Michelin en 2025. 
Ganache chocolat, riz au lait d'orge torréfié, caramel de whisky breton, crémeux chocolat et coulis de chocolat au whisky tourbé.
Un reportage de Jean-Marc Toussaint