
C’est un des produits emblématiques de la France : le champagne. Tout le monde connaît les noms des grandes maisons de champagne. Qui n’a pas, dans le doute, opté pour l’achat de flacons d’une marque connue, considérée comme une valeur sûre ? Ces grandes maisons de champagne qui exportent dans le monde entier veillant à la constance de leurs cuvées, il y a peu de risque de se tromper. Elles jouent sur une image de luxe, consacrent des budgets importants à la communication, ce qui se reflète évidemment dans le prix d’achat. Leurs magnifiques sites accueillent le public pour des visites impressionnantes qui allument des étoiles dans les yeux des amateurs de ces bulles divines.
« Sans ces grandes maisons, nous ne pourrions pas exister, » reconnait sans amertume un « petit » vigneron, rencontré au hasard d’une balade – et dégustation - dans la Marne. « Nous n’avons pas les moyens financiers pour faire de la publicité et faire connaître le champagne dans le monde entier. Mais cette publicité fait venir des visiteurs qui ne se contentent pas de voir les grandes caves. Ils font comme vous : ils se promènent et viennent forcément chez les petits producteurs. » Des producteurs qui n’ont de petit que la taille de leur vignoble et le volume de leur production. Car pour l’essentiel, ils font tout comme les « grandes » maisons dont certaines achètent d’ailleurs les raisins cultivés par des vignerons travaillant sur des petites surfaces. Ce qui est bien un gage de qualité.
Les grands champagnes ne sont pas que ceux des grandes maisons. Dans les petits domaines viticoles, vignerons et œnologues se concentrent avant tout sur la production, apportant plus de personnalité et d’authenticité à leurs cuvées en délaissant souvent l’aspect marketing. Pour les aider à se faire connaître, mais aussi pour offrir aux amateurs de champagne la possibilité de découvrir cette magnifique palette de « champagnes de vigneron » à des prix accessibles - entre 20 et 30 € pour la majorité des cuvées – trois amis ont créé un site web, Champagne Terroir.
Trois comme les mousquetaires
Emilien, Sébastian et Pierre sont amis d’enfance. S’ils aiment le bon vin en général et le champagne en particulier, rien ne les prédestinait à travailler dans le milieu viticole. L’un faisait des études d’histoire, l’autre de commerce et le troisième de développeur. Lors d’un stage en alternance dans une épicerie de terroir, Emilien a ajouté un champagne de vigneron aux produits vendus. « Mon oncle l’a apprécié et comme la cuvée avait un excellent rapport qualité-prix, elle a immédiatement trouvé son public, » raconte Emilien. C’était le déclic pour créer une sélection dédiée aux champagnes de vignerons. Une idée qui plaît bien à ses deux amis. Ils se forment progressivement lors de leurs nombreuses visites de domaines viticoles, suivent des formations diplômantes.

Un site de vente de vin de plus ? Pas vraiment. « Nous connaissons chaque vigneron, chaque vigneronne, explique Nathan, le « petit » frère d’Emilien qui a rejoint l’équipe il y a quatre ans. Le quatrième mousquetaire en quelque sorte ! « Actuellement nous travaillons avec une soixantaine de viticulteurs dans différentes régions. Ce qui confèrent aux champagnes sur notre site des identités et caractères différents. Après une présélection, nous nous rendons dans chaque domaine pour déguster les cuvées avant de décider si nous intégrons le domaine dans notre catalogue. Ou pas. Il nous arrive de refuser un domaine lorsque la qualité n’est pas au niveau attendu, que le relationnel ne correspond pas à l’image que nous défendons : qualité de production, respect de l’environnement, prix accessibles. Nous sélectionnons nos champagnes avec une rigueur absolue pour ne proposer que le meilleur des champagnes de vignerons indépendants. »
A propos prix. Qu’est-ce qui explique la différence des tarifs des champagnes proposés ? Est-ce qu’un prix élevé est-il gage de qualité ? « La plupart des bouteilles de notre catalogue sont proposées entre 20 et 30 €. Les écarts s’expliquent par la nature des cuvées : à 19,90 €, il s’agit généralement d’un Brut sans année, c’est l’entrée de gamme du domaine. Selon les spécificités, le prix monte. Un prix élevé ne garantit pas la qualité absolue mais reflète la rareté, les frais de production et de stockage plus importants pour certaines cuvées. »
Quant aux champagnes à 12 € vendus en grande surface, « ils répondent à d’autres logiques : volumes très importants, standardisation et coûts optimisés, souvent au détriment de la personnalité du vin », regrette Nathan.
Le champagne par lequel tout a commencé ? « La cuvée Tradition de Bérat-Schenk, sourit Emilien. C’est une valeur sûre, avec un excellent rapport qualité-prix. La cuvée est le symbole même de l’histoire de Champagne Terroir ».
Coup de cœur
Les cépages oubliés
La cuvée la plus chère du site ? Le Petit Meslier blanc de blancs millésime 2017 de Champagne Moutard proposé à 230 €. « C’est un champagne extrêmement rare, produit en quelques centaines d’exemplaires et élaboré à partir d’un cépage presque disparu en Champagne : le petit Meslier. La cuvée est en plus millésimée, élevée en fût de chêne, ce qui augmente les frais de production et de stockage et par conséquent le prix de vente, » explique Nathan.
Les vignes de la famille Moutard s’étendent sur 23 hectares et on y trouve plusieurs des sept cépages autorisés en Champagne. Le pinot noir, évidemment, variété reine de la Côte des Bar qui apporte complexité et rondeur ainsi que des arômes de fruits rouges. Le chardonnay, utilisé en assemblage dans les vins ou vinifié seul pour des blancs de blancs. Il apporte des notes florales et fruitées. Plus rare, le pinot blanc, qui en plus des arômes de fruits à chair blanche et de fleurs se distingue par des notes d’amande, de noisette.
Quant au Petit Meslier, il produit des champagnes d’une grande fraîcheur, vifs et intenses sur des notes d’agrumes et de fruits verts.
Encore plus rare, l’Arbane, cépage presque disparu du vignoble champenois. Avec un rendement faible, une maturité tardive il est difficile à travailler mais apporte une belle finesse avec des notes d’aubépine et d’œillet, des arômes de pommes reinette, de pêche de vigne.











