Le Finistère, ce bout de Bretagne là où tout commence

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Le Finistère est une terre rude, sauvage, magnétique, forgée par un océan et deux mers. Découverte point par point d’un territoire mal connu, où culture et nature font bon ménage.

Les mégalithes

Ils sont l’œuvre des premiers peuples sédentaires ayant habité la région 5 000 ans avant notre ère. Lieux de culte, de sépultures collectives ou limites de territoire, les menhirs et autres dolmens qui peuplent le paysage conservent une grande part de mystère. À voir celui de Cam Louis à Plouescat. Haut de 7 m, il est le plus haut de Bretagne et serait, selon la légende, dressé sur un trésor. Ne manquez pas le grand cairn de Barnenez qui abrite onze chambres funéraires, ou encore le dolmen de Kérangouez, à Saint-Pol-de-Léon.

Une mouette survolant les landes de bruyères qui habillent la côte.
Une mouette survolant les landes de bruyères qui habillent la côte.

Pont-Aven, une école de peinture chère à Paul Gauguin

Pont-Aven, c’est 2700 habitants, mais 70 galeries ou ateliers de peinture. Pour comprendre cette concentration de pinceaux, il faut remonter à la seconde moitié du XIXème siècle.  Séduit par la variété des paysages, une nature immaculée et l’exotisme des costumes, une colonie de peintre anglo-américains en quête de réalisme s’installe à Pont-Aven en 1864, bientôt rejointe par des artistes venus de toute l’Europe. Mais c’est à Paul Gauguin que la ville doit sa notoriété. Le peintre s’y réfugie une première fois en 1886. Il y fait cinq séjours et produit plus de 70 toiles, dont certaine de renommée mondiale. Avec ses amis, Emile Bernard et Paul Sérusier, il fonde le synthétisme, un mouvement pictural qui exprime la subjectivité de l’artiste, son imaginaire et oùla réalité importe moins que le ressenti. Les formes sont simplifiées. Leur contour est souligné d’un trait noir qui rappelle l’art du vitrail. Les aplats de couleurs dominent. Deux œuvres symbolisent magistralement ce mouvement : « Les bretonnes dans la prairie » d’Emile Bernard  et « La Vision après le sermon » de Paul Gauguin. L’école de Pont-Aven est importante dans l’histoire de la peinture, car elle fait le lien entre l’impressionnisme et d’autres mouvements comme le fauvisme, le symbolisme et l’abstraction. Le musée de la ville qui est largement consacré à cette saga, présente de nombreuses œuvres de cette époque. Plus de renseignements sur www.museepontaven.fr

 Douarnenez, capitale de la sardine

Douarnenez et la sardine, c’est une vieille histoire. Sur le site des Plomarc’h ont été retrouvés les vestiges d’une fabrique gallo-romaine de garum, un condiment très prisé des légionnaires et préparé à partir de sardines. Au XIXe siècle, Douarnenez est le premier port sardinier de France. Trois mille marins sur quelques 800 chaloupes y pêchent la sardine. L’invention de la stérilisation à chaud par Nicolas Appert permet le développement de la conserverie. Désormais, le petit poisson bleu est mis dans des boites métalliquesfermées au fer à souder ! On compte jusqu’à 30 conserveries à Douarnenez au début du XXe siècle. Il n’en reste que trois, dont deux qui font encore de la conserve de sardine : Chancerelle la plus ancienne conserverie au monde, fondée en 1853 qui emploie encore 550 salariés met en boite des sardines pour plusieurs marques, dont Connétables. Kerbrian le petit Poucet, est la seule conserverie à organiser des visites de son site de production (pendant les vacances scolaires et sur rendez-vous). Pour s’imprégnerde cette histoire « La maison de la sardine » présente une exposition et diffuse un film bien documenté. Le chemin de la sardine qui démarre au port de Rosemeur propose par ailleurs deux heures de balade sur un sentier balisé et jalonné de panneaux explicatifs.

 Vieilles pierres… de granit

Le château de Kerjean
Le château de Kerjean

Le Finistère regorge de constructions anciennes. En haut du palmarès, le village de Locronan conserve un patrimoine exceptionnel, témoin de la prospérité apportée par le tissage des toiles de lin et de chanvre. Cette petite cité de caractère, bâtie en granit présente une grande unité architecturale. Les magnifiques demeures et hôtels particuliers du XVIIe siècle s’ordonnent harmonieusement autour de la place principale où siégeait jadis la compagnie des indes ! Dans cette partie sud du Finistère, la ville close de Concarneau est également l’un des sites les plus visités. Longue de 350 mètres et large d’une centaine de mètres, cette ile fortifiée, reliée au reste de la ville par une étroite bande de terre abrite les plus anciennes constructions de Concarneau. L’endroit est aussi un véritable marché du temple pris d’assaut par les touristes en saison. Plus au nord, la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon datée du XIIIème siècle vaut également le détour, tout comme la vieille ville de Morlaix. Enfin le château de Kerjean fait partie des monuments incontournables du Finistère nord. Construit au XVIe siècle, il mélange architecture défensive et influence renaissance. Autre curiosité, le château du Taureau, la version bretonne de fort Boyard, au large de Carantec.

Pointes à l’Ouest

La pointe Saint-Mathieu.
La pointe Saint-Mathieu.

Il y a la pointe Saint-Mathieu, la plus religieuse avec son ancienne abbatiale à ciel ouvert ou la pointe de Corsen, la plus à l’ouest de France. Mais la plus connue est la pointe du Raz, visitée chaque année par près d’un million de personnes. Cette terre sauvage, hautement tellurique, recouverte d’ajoncs, de genêts et de bruyères est classée site national de France depuis 2002. Balayée par des vents puissants (le record de 226 km/ h date de 1987), cette langue de granit qui s’enfonce dans l’océan dégage une forte impression de fin du monde, en dévoilant un spectacle naturel grandiose.  Elle est prolongée par le phare de la vieille et l’île de Sein. On y vient pour respirer l’air du large et pour marcher sur ses sentes balisées. Le must étant de rejoindre la pointe du Raz à la pointe de Van (6,5 km) en passant par la tristement célèbre « Baie des Trépassées », ainsi nommée parce que c’est ici que les corps des malheureux marins étaient souvent ramenés à la terre par les courants. Des visites guidées sont proposées du 1er avril au 1er novembre du lundi au vendredi à 14 h et 16 h. Plus de renseignements à la maison du site de la pointe du Raz. Parking payant en saison.

Les abers

Ces mini-fjords en forme de bras de mer qui pénètrent le bocage sont d’anciennes vallées fluviales qui se sont creusées et affaissées. Ces estuaires d’une trentaine de kilomètres, au nombre de trois, l’Aber Wrac’h, l’Aber Benoit et l’Aber Ildut, constituent un abri idéal pour les bateaux. Mais pas seulement. L’eau douce et l’eau salée s’y mélangent au gré des marées et constituent un biotope singulier où nichent quantité d’oiseaux. Leurs eaux saumâtres, riches en plancton, sont idéales pour l’élevage des huîtres, notamment.

 Ces îles du grand large

L'île de Batz et ses palmiers.
L'île de Batz et ses palmiers.

Ouessant est la plus grande, la plus connue, et la plus sauvage des îles du Finistère. Au large de la pointe du Raz, l’île de Sein est la plus plate (seulement 5 m au-dessus de la mer) et de fait la plus menacée par le dérèglement climatique. Plus au sud, l’archipel des Glénan a des airs d’atoll polynésien : eau très claire couleur émeraude et sable fin. Seule la température de l’océan rappelle que l’on est bien en Bretagne ! À voir également l’île Callot accessible par une route submergée quotidiennement à marée haute ou encore Quéménès, une île où vit une seule famille qui propose chambres et table d’hôtes. Enfin, il y a l’île de Batz au large de Roscoff qui bénéficie d’un étonnant microclimat au point d’abriter un jardin exotique. Fondé à la fin du XIXème siècle par Georges Delaselle, ce jardin aujourd’hui géré par le conservatoire du littoral présente une remarquable collection de 1700 espèces, dont de nombreux palmiers !

Les enclos paroissiaux

L'enclos paroissial de Guimillau.
L'enclos paroissial de Guimillau.

Uniques en France, ces imposants ensembles architecturaux ont été édifiés autour des églises entre le XVIe et le XVIIe siècles. Ils se composent généralement d’une porte triomphale, d’un ossuaire supporté par des chapiteaux corinthiens ou ioniques, et d’un calvaire foisonnant de sculptures. Le tout entouré de murs pour séparer l’espace sacré du profane. L’art des enclos se prolonge à l’intérieur des églises avec la plupart du temps des baptistères monumentaux et des retables flamboyants. Ces constructions d’une grande sophistication ont été rendues possible grâce à la culture du lin et du chanvre qui a fait la fortune de ce coin de Bretagne. Et comme chaque village voulait un enclos plus beau que celui du voisin… Il reste 25 exemples de ces merveilles architecturales. Les plus réputés sont ceux de Saint-Thégonnec, Pleyben, Sizun, Commana ou encore Guimiliau où est également installé le centre d’interprétation des enclos paroissiaux.

Les phares, ces vigies sur la mer

Le phare d'Eckmühl
Le phare d'Eckmühl

Premier département maritime de France avec 2263 km de côtes, le Finistère est naturellement le mieux doté en phares. A cela une raison simple, ses côtes escarpées sont battues par de forts courants nés de la rencontre de la Manche et de l’Atlantique qui rendent la navigation particulièrement dangereuse. On en dénombre 37, et beaucoup sont classés monuments historiques. Du haut de ses 82 mètres, celui de l’île Vierge est le plus haut d’Europe. Il se visite, comme ceux de Trézien, du Stiff à Ouessant, de l’île de Batz ou encore de la pointe Saint-Mathieu. À l’île Louët, il est même possible de dormir dans la maison du gardien du phare ! Le plus raffiné est assurément le phare d’Eckmühl. Edifié grâce à un don de la fille du prince d’Eckmühl, la paroi interne de sa cage d’escalier est en opaline, le plafond en marbre bleu et l’une des portes intérieures en acajou !  Enfin le plus photographié est celui de Pontusval. La légende veut qu’un dragon fut terrassé sur ce site. En breton, Pontusval signifie « gouffre où fut noyé la bête ». À Ouessant, un musée retrace la passionnante histoire de ces phares depuis l’antiquité.

 Une région où il fait plus beau plusieurs fois par jour

Dans le Finistère, il fait beau plusieurs fois par jour. Cette boutade résume l’extrême complexité du climat breton, très difficile à prévoir et qui rend fou les plus capés des météorologistes. Le temps y est rarement « pourri », contrairement à ce que l’on pense. À Roscoff, il tombe en moyenne 988 mm d’eau par an. C’est plus qu’à Épinal (893 mm), mais moins qu’à Biarritz (1.371 mm). Sur ces terres océanes, il ne fait jamais froid, jamais trop chaud non plus. L’amplitude thermique entre les mois les plus chauds et les plus frais est la plus faible de France (environ 7 degrés à Roscoff).

 Gourmandises Bretonnes

Difficile de séjourner en Bretagne sans manger des crêpes ou des galettes au blé noir et au froment agrémentées de mets salés ou sucrés. En revanche, il est curieusement plus difficile de trouver de bons plats de fruits de mer au restaurant. La raison en est simple. Les Bretons mangent des fruits de mer chez eux, et il ne leur viendrait pas à l’idée d’aller au restaurant pour en consommer. Il n’empêche, la région regorge de poissons, crabes, homards, huîtres et autres coquillages, notamment les fameux ormeaux, d’une finesse incomparable. Sinon, tentez le kig ha farz, une potée avec des légumes, du porc (si possible du blanc de l’Ouest) et bien sûr le far à base de sarrasin et de froment, cuit dans le bouillon. Côté cochonnaille, retenez la saucisse de Molène et l’andouille de Baye, assez proche de celle de Guémené. Autre curiosité, les algues. 70.000 tonnes d’algues sont récoltées chaque année, dont une partie est utilisée pour l’alimentation, notamment les kombus, nori et wakamé. L’algue peut se manger en tartare, nature, ou associée à d’autres produits. Le Finistère est également un gros producteur de choux-fleurs, d'asperges, de fraises, d’artichauts et d’oignons. Celui de Roscoff, un brin sucré, bénéficie même d’une AOP. En revanche, la Bretagne est la seule région de France à ne pas abriter une AOP fromagère, l’essentiel de la production laitière servant à fabriquer le beurre que l’on mange ici de préférence salé. Côté dessert, il y a bien sur le fameux kouign-amann, une pâte feuilletée avec du beurre et du sucre. Mais aussi quantité de biscuits (palets, galettes dont celles de Pont-Aven) que l’on peut déguster avec du cidre. Dans ce cas, celui d’Éric Baron, fournisseur de l’Élysée, s’impose.

L'oignon de Roscoff, doux et légérement sucré bénéficie d'une AOP.
L'oignon de Roscoff, doux et légérement sucré bénéficie d'une AOP.

Coup de cœur

Crozon, la sauvagerie en plus

C’est une langue de terre qui s’enfile dans la mer, qui la domine tout en subissant ses assauts incessants. Commun me direz-vous. Pas vraiment, la presqu’ile de Crozon ne ressemble à aucun autre paysage. L’endroit, saisissant de beauté, façonné par la sauvagerie de la houle, offre des recoins inattendus comme ces criques verdoyantes du bout du monde. A voir à la pointe de Pen-Hir qui culmine à 63 mètres au-dessus de la mer d’Iroise, un panorama exceptionnel sur les falaises de gré armoricain, de la pointe saint Mathieu à la pointe du Raz. Plus au sud, faites un détour par le cap de la chèvre, via le GR 34. La côte où s’étalent d’étonnantes pinèdes accrochée à la falaise y demeure très sauvage. Enfin, Crozon abrite également quelques jolis mégalithes : le dolmen de Rostudel, ou encore le menhir « La Républicaine » pour ne citer que ces deux-là. La presqu’ile laisse rarement le visiteur insensible. Cela fait partie de ces lieux qui aimante et que l’on n’oublie pas.