Les îles de la mer des Wadden au gré du vent

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En mer du Nord, les îles de la Mer des Wadden sont méconnues. Situées au large des Pays-Bas et de l'Allemagne, elles sont un vrai sanctuaire de nature sauvage et font partie d'un écosystème unique figurant au patrimoine mondial de l'Unesco. Idéales pour déconnecter. Nous les avons explorées à la voile...

La mer du Nord n’a pas réussi à arracher ces bouts de terre au continent. Ce n’est déjà plus la terre, ce n’est pas encore l’océan. Cette enfilade d’îles semble avoir pied au large des Pays-Bas et de l’Allemagne. Ce sont les îles Wadden. Sauvages. Préservées. Inconnues. Elles sont accessibles en ferry. Mais nous avons eu la chance de les visiter en voilier. Une rencontre avec la nature que l’on pensait impossible en Europe…

Toutes les îles de la mer des Wadden sont des réserves naturelles : un paradis pour les oiseaux migrateurs.
Toutes les îles de la mer des Wadden sont des réserves naturelles : un paradis pour les oiseaux migrateurs.

À peine sortis de l’embouchure d’Amsterdam, on quitte sans regret la marina insipide d’Ijmuiden. Cap plein nord. Quelques heures de navigation suffisent pour voir se dessiner la plus connue des îles de la Frise : Texel. C’est elle qui a donné son nom à une bière célèbre aux Pays-Bas. Mais les Néerlandais l’appellent Skuumkoppe, «Tête d’écume».

Quand les vagues se déchaînent sur ses plages, on comprend que ce sobriquet n’est pas volé. Les volumes d’eau viennent se fracasser sur les bancs de sable et provoquent des déferlantes d’écumes qui livrent un spectacle saisissant. La mer du Nord sait se faire respecter. Se faire craindre. C’est sans doute pour cette raison que tous les ports des îles Wadden s’abritent à l’est. Ils regardent le continent qui profite lâchement de ce rempart d’îles pour s’abriter des mauvaises humeurs de la mer tempétueuse.

Texel, île de contrastes

La petite église romantique de Den Hoorn.

Texel ne fait pas exception : arrivés au large de Helder, il faut se faufiler entre la terre ferme et l’île pour rejoindre la marina d’Oudeschild. Le trafic maritime est intense : des dizaines de ferries débarquent des touristes d’un jour venus s’immerger dans la nature sauvage. C’est la plus grande des cinq îles néerlandaises. La plus peuplée. La plus contrastée aussi. On a vite fait de louer un vélo pour pédaler entre les villages. On se croit en pleine nature, on se laisse charmer par la petite église romantique de Den Hoorn. Et puis, quelques kilomètres plus loin, une vraie ville se dresse : Den Burg avec sa grande rue piétonne, sa brochette de restaurants, ses commerces de souvenirs, ses boutiques de vêtements à prix d’or. Le contraste est saisissant. Mais il suffit de se remettre en selle pour retrouver la nature sauvage en trois coups de pédale : des pâturages, des forêts, une profusion d’oiseaux. Les moutons sont partout : en pull-overs, en fromages artisanaux, en agneau finement cuisiné.

Vlieland, un seul village

Le phare sur le point culminant de l'île plate comme la main, à 45 mètres !
Le phare sur le point culminant de l'île plate comme la main, à 45 mètres !

Pour quitter l’île de Texel, il vaut mieux revenir un peu sur ses pas et s’éloigner un peu du rivage par le nord car les hauts-fonds sont piégeux. L’île suivante, Vlieland, est plate comme la main. Sur notre tribord, un interminable ruban de plage de sable blanc se déroule. Des dunes, des forêts, aucune habitation visible. Le seul village se cache au détour de l’île. Bordée d’arbres, sa rue principale (Dorpsstraat), à elle seule, vaut le détour : des petites boutiques, ses cafés, des restos, des loueurs de vélos. On a vite fait d’être en selle pour rejoindre le fameux phare rouge sur la dune culminante de l’île, haute de 45 mètres. Les autos n’ont pas droit de cité. On fait le plein d’air pur, de calme, d’images superbes de la nature préservée. Si l’on a un peu de chance, on peut admirer les colonies de phoques… Vlieland est un excellent compromis entre nature sauvage et infrastructures hôtelières de qualité. Les îles suivantes, Terschelling, Ameland et Schiermonnikoog sont, plus encore, des sanctuaires écologiques. On est ici au cœur du plus grand écosystème de vasières et de bancs de sable au monde ! Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco comme il se doit.

Pour quitter l’île de Vlieland, il faut guetter la marée descendante (le jusant) et bien zigzaguer entre les bouées pour ne pas s’écarter des chenaux. En réalité, il est quasiment impossible pour un voilier (faiblement motorisé) de lutter contre la marée montante pour s’échapper des îles. La raison est simple : les espaces entre elles forment des goulets où un puissant courant se concentre.

Borkum : air pur et cures thermales

Borkum, le vent souffle, l'air est réputé bien iodé et sans pollen.
Borkum, le vent souffle, l'air est réputé bien iodé et sans pollen.

Une fois en pleine mer, notre voilier file sur Borkum, la première île allemande de la mer des Wadden. Changement de décor. Un peu excentré, le port a des allures militaires et il vaut mieux s’éclipser rapidement. Un petit bus nous emmène vers une magnifique station balnéaire blottie contre son phare littéralement planté au milieu du village. Les vents sont musclés : sur la plage, une tour où se produit un orchestre est totalement fermée. Spectacle curieux : les musiciens jouent comme dans un aquarium et des milliers de vacanciers dansent tout autour devant un coucher de soleil saisissant, au son de la musique crachée par les haut-parleurs ! On ne parle qu’allemand ici… car visiblement, les étrangers ignorent tout de ce petit bijou enviable pour son air iodé et ses cures thermales. La marée redescend : il est temps de partir à la découverte des îles suivantes…

Norderney : animation garantie

Le choix des distractions est vaste à Norderney : un tas d'activtés culturelles, les promenades nature ou... la plage immense.
Le choix des distractions est vaste à Norderney : un tas d'activtés culturelles, les promenades nature ou... la plage immense.

Norderney est l’île la plus animée, la plus peuplée de l’ensemble du chapelet. Son centre est celui d’une station balnéaire : avec ses hôtels de luxe, ses boutiques de marque, ses spectacles culturels et son centre de thalassothérapie, le plus grand d’Allemagne. En été, il ne se passe pas un jour sans un concert gratuit, sans un festival de musique, sans une animation. Si cette effervescence citadine vient à déranger, 80 kilomètres de pistes cyclables s’offrent aux promeneurs. De folles étendues de dunes, de prés salés, de bois denses. Le parc naturel, à l’est, est même totalement inhabité. En un mot, Norderney offre un éventail complet dans lequel on peut piocher selon l’humeur du jour : des plages à perte de vue, des dunes superbes, des sentiers dans un magnifique parc naturel, un centre thermal, des animations pour les publics plus jeunes. À nouveau, il faut quitter l’île à marée descendante sous peine de devoir affronter un courant contraire de 3 ou 4 nœuds (7 à 8 km/h). Il faut trouver la passe entre les bancs de sable pour finir en mer et prendre le large loin des déferlantes…

Cuxhaven, la plus grande station balnéaire d'Allemagne.
Cuxhaven, la plus grande station balnéaire d'Allemagne.

Après un crochet à Helgoland (lire notre coup de cœur), on peut finir l’odyssée des Wadden à Cuxhaven, à l’embouchure de l’Elbe. C’est tout simplement la plus grande station balnéaire d’Allemagne ! Le temps est venu de prendre du repos après s’être fait chahuter par la houle dans son voilier. Il faut finir en beauté et se reposer dans l’un de ces Strandkörbe, ces sièges de plage en osier typiques du nord de l’Allemagne, qui vous abritent du vent dont nos voiles se sont repues…

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Coup de cœur

Héligoland, troquée contre Zanzibar, duty-free dans un parc naturel !

L'île est un refuge pour les oiseaux migrateurs.
L'île est un refuge pour les oiseaux migrateurs.

Cette île du nord de l’Allemagne a connu une histoire invraisemblable. A l’origine, peuplée de Frisons (des Pays-Bas d’aujourd’hui), elle file sous la couronne danoise avant que la marine britannique ne s’en empare en 1807. En 1890, le Royaume-Uni procède à un échange avec l’Empire allemand : cette île contre celle de Zanzibar ! Vu sa position stratégique, la Royal Air Force bombarbe massivement cette île en 1945. L’ile est vidée de sa population. Le pire est à venir : en 1947, les Britanniques y provoquent l’une des plus grandes explosions non nucléaires de l’histoire ! Il faudra attendre 1952 pour que cette île soit restituée aux Allemands qui la reconstruirons et y feront revenir des habitants.

Ce destin explosif est oublié aujourd’hui. L’île offre une image paisible de réserve naturelle… dans laquelle on aurait implanté un duty-free d’aéroport ! Car, c’est une autre particularité de l’île, elle ne fait pas partie de l’Union douanière de l’Union européenne ! Donc, on y trouve des cigarettes, de l’alcool, des parfums environ 20 % moins chers que sur le continent. C’est le cas du diesel mais il n’y a qu’une seule station-service … vu que les voitures y sont interdites ! Les vélos aussi d’ailleurs. Finalement, elle sert surtout aux bateaux qui y viennent en nombre car c’est le meilleur endroit pour attendre la marée montante (le flot) qui permet de s’engouffrer avec le puissant courant dans l’embouchure de l’Elbe en direction de Hambourg ou du Canal de Kiel qui mène à la Baltique.

Cette île est devenue un sanctuaire remarquable. Plus de 400 espèces y sont recensées. Un chemin bétonné fait le tour de l’île et permet de les admirer à l’à-pic des falaises de grès rouge. Des milliers de fous de Bassan nichent et se chamaillent dans un vacarme admirable. Des espèces de minuscules manchots (des guillemots, en fait), des pingouins, des mouettes « jouent des coudes » pour trouver une petite place sur un rebord de roche. C’est une escale prisée pour les oiseaux migrateurs…

Héligoland a une petite sœur : Düne. Un minuscule ferry vous y emmène toutes les heures. On en fait le tour en 30 minutes et on a aucun mal à trouver l’unique bar et les colonies de phoques gris. Avec leur téléobjectif long comme le bras, des dizaines de naturalistes à plat ventre mitraillent à tout-va… et valent aussi le spectacle ! Qui admire qui avec le plus d’étonnement ?