Luxembourg, pourquoi ce petit pays au cœur de l’Europe fascine-t-il autant ?

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Le Luxembourg affiche une santé insolente dans une Europe vieillissante. Sa réussite est à l’image de son histoire singulière, fruit d’un brassage permanent. Bienvenue dans le seul Grand-duché au monde que Napoléon III a cherché à racheter au XIXe siècle. En vain.

Curieux destin que celui du Luxembourg. Territoire rural et pauvre dans les années cinquante, ce petit État en mouchoir de poche est aujourd’hui une place forte de la finance européenne. Son PIB en fait même le pays le plus riche du monde par habitant. Devant le Qatar et la Suisse !

Pour comprendre cette métamorphose, il faut aller se perdre dans le quartier du Kirchberg, à Luxembourg ville. En 1960, cet endroit alternait parcs à vaches et champs de pommes de terre. Désormais, il concentre 45 000 emplois dans les banques et les institutions européennes, installées dans des bâtiments futuristes.

Depuis la corniche, on plonge dans le quartier du Grund. Au bord de la rivière Alzette, trône l'ancienne abbaye bénédictine qui est aujourd'hui un centre culturel.
Depuis la corniche, on plonge dans le quartier du Grund. Au bord de la rivière Alzette, trône l'ancienne abbaye bénédictine qui est aujourd'hui un centre culturel.

Enveloppées de verre et de dorure, les tours jumelles de la Cour européenne de justice, signées de l’architecte français Dominique Perrault constituent le phare du quartier qui intègre une étonnante « place de l’Europe » dessinée par Ricardo Bofill où trône également la Philharmonie, un bâtiment blanc à colonnes, pensé par Christian de Portzamparc.

Ajoutez à cela le musée d’art moderne, œuvre d’Ieoh Ming Pei, également concepteur de la pyramide du Louvre et l’on aura compris que l’excellence architecturale a fait son nid ici. Ces œuvres cosmopolites sont à l’image de la ville et du pays qui concentre 69 % d’étrangers et bien plus encore si l’on comptabilise les 220 000 frontaliers qui s’y pressent chaque jour pour y travailler.

« La forteresse la plus forte après Gibraltar »

 Ce melting-pot (170 nationalités y cohabitent), c’est aussi un peu l’histoire de cette cité, fondée en 963 par Sigefroid, un lointain descendant de Charlemagne, à la suite d’un échange de terres avec l’abbaye Saint-Maximin de Trèves.

De ce brassage au fil des siècles, Luxembourg a conservé de multiples vestiges. À commencer par ses remparts construits par Vauban, et renforcés par 17 kilomètres de casemates souterraines creusées en partie par les Autrichiens. Un rideau défensif qui a fait de Luxembourg « la forteresse la plus forte d’Europe après Gibraltar » dixit Lazare Carnot, d’où son appellation de Gibraltar du Nord. Le palais ducal, recouvert d’arabesques en façade ou encore les sculptures hispaniques de la cathédrale Notre-Dame témoignent de l’occupation des Espagnols, sous l’empereur Charles Quint, tout comme le musée municipal qui n’est autre que l’ancien refuge des moines de l’abbaye d’Orval, en Belgique.

La ville a également été sous domination hollandaise, mais aussi française, à deux reprises sous Louis XIV et Napoléon Bonaparte. Ces influences multiples font du vieux Luxembourg une ville cosmopolite, tout en contrastes que l’UNESCO a classée au patrimoine mondial de l’humanité.

Une ceinture verte

Cette ville coupée en deux par la vallée de la Pétrusse où se blottit la ville basse, prolongée par le quartier de la gare a été construite pour l’essentiel au XXe siècle. Elle a aussi la particularité d’être un poumon vert grâce à une ceinture végétale imaginée après le démantèlement des fortifications par le paysagiste français, Edouard André, également concepteur du bois de Boulogne à Paris.

Ces 30 hectares d’arbres, de parcs et de pelouses qui entourent le centre historique font de la cité une pionnière de la végétalisation urbaine où il fait bon flâner. Dans les rues, on parle anglais, allemand, français, portugais… mais aussi Luxembourgeois, une langue franco-mosellane encore très vivace et usitée par les Luxembourgeois de souche.

Des habitants fiers de leur ville qui aiment à venir flâner sur la place d’Armes, mais aussi sur la corniche qui longe la ville haute en offrant un spectaculaire panorama sur le quartier du Grund et son ancienne abbaye bénédictine.

Le palais ducal à Luxembourg ville. Le duc Guillaume n'y vit pas. En revanche, il y reçoit ses hôtes et c'est ici que siège également son cabinet.
Le palais ducal à Luxembourg ville. Le duc Guillaume n'y vit pas. En revanche, il y reçoit ses hôtes et c'est ici que siège également son cabinet.

Odysée campagnarde

Petite escapade dans le pays, en cinq étapes mêlant la Grande Histoire, le vignoble avec une once de patrimoine et de photographie.

 

 Vianden, la vie de château

Vianden, la plus petite des douze villes du Luxembourg, tout près de la frontière allemande, mérite une halte, notamment pour son château moyenâgeux, racheté par l’État en 1977 et intégralement reconstruit tel qu’il était au XIIIe siècle. Considéré comme l’une des plus belles résidences féodales d’Europe, c’est aussi le site le plus visité du pays avec 260 000 entrées à l’année. Pour s’y rendre, deux options : classiquement par la Grand-Rue ou plus original en empruntant un télésiège (en fonctionnement de Pâques à la Toussaint) qui part depuis le parking d‘Engelmann. Un petit chemin descend ensuite jusqu’au château. A voir également, le musée Victor-Hugo qui raconte l’exil de l’écrivain dans cette petite cité, en 1871, au moment de la Commune de Paris. En face du musée, sur le pont qui enjambe la Sûre, ne pas manquer le buste de l’auteur des Misérables, sculpté par Auguste Rodin. Nombreuses possibilités de randonnées alentour, notamment dans le parc naturel de l’Our.

 

Echternach, le joyau du patrimoine

C’est la plus vieille ville du Luxembourg, fondée en 698 par saint-Willibrord, un moine anglais.  Capitale historique et culturelle de la petite suisse luxembourgeoise, lovée dans un méandre de la Sûre, Echternach a su conserver son ambiance médiévale avec ses rues labyrinthiques, sa mairie gothique et ses anciens remparts qui rappellent son passé fortifié. Son centre historique invite à la flânerie, notamment sur la place du Marché, bordée de maisons patriciennes et dominée par l’ancien palais de justice. Non loin trône une abbaye bénédictine, et à l’arrière dans le parc municipal un splendide pavillon rococo du XVIIIe siècle. Mais le joyau d’Echternach est assurément sa basilique en grès, de style roman qui abrite dans sa crypte carolingienne du VIIIe siècle, le sarcophage en marbre de Carrare contenant les reliques de saint Willibrord, le seul saint enterré au Luxembourg. Dans ces murs, un petit musée raconte la procession dansante de la Pentecôte, classée depuis 2010 au patrimoine immatériel de l’humanité et qui perdure depuis le XIIème siècle. Enfin à l’extérieur de la ville, la villa romaine est un site majeur.  Les ruines de cette résidence luxueuse du IIIème siècle sont les plus vastes mises à jour au nord des Alpes. On peut parler d’un véritable palais de plus de 7000 m2. On y voit encore les fondations, des portiques, des caves, des bassins d’ornement… A proximité, un centre d‘information reconstitue le quotidien d’une famille gallo-romaine fortunée de cette époque. Echternach est par ailleurs le point de départ de nombreuses randonnées, notamment le célèbre Mullerthal trail un sentier de 112 km qui traverse la Suisse luxembourgeoise. Une piste cyclable longe également la Sûre sur un parcours plat et accessible.

 

Elégants vins de Moselle

Le vignoble des côtes de Moselle qui s’étire sur 40 kilomètres le long de la rivière est réputé pour ses vins blancs frais, vifs, élégants, aux arômes subtils de fleurs et de fruits blancs. Les 1250 hectares sont dominés par le riesling, le pinot blanc, l’auxerrois. On y trouve également des cépages typiques du Luxembourg, comme l’elbing et le rivaner. De nombreux domaines viticoles proposent des dégustations au sein de leur caveau. A Remich, les caves Saint-Martin assurent en plus, une visite complète de la cave creusée dans le calcaire entre 1919 et 1921 sur plus d’un kilomètre, sous le vignoble. Ce réseau souterrain à 12 degrés constants et 70% d’humidité est idéal pour le vieillissement du vin. Les caves de saint Martin proposent des parcours guidés d’environ une heure de mars à la mi-décembre. On y découvre les différentes cuves en béton, en inox et en chêne, les salles où 90 000 bouteilles de crémant sont encore tournées à la main. La visite se conclut par une dégustation au caveau. Plus de renseignements sur www.cavesstmartin.lu

 

Quand les frontières ont sauté à Schengen

Devant le musée de Schengen (Photo Visit Luxembourg)
Devant le musée de Schengen (Photo Visit Luxembourg)

Le 14 juin 1985, sur le bateau Princesse Marie-Astrid amarré à Schengen, les représentants de cinq pays (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) signaient un accord supprimant les frontières et garantissant la libre circulation des citoyens. L’accord, entré en vigueur 10 ans plus tard, en 1995 concerne aujourd’hui 29 pays et 423 millions d’Européens. Le musée de Schengen raconte l’histoire de cet accord, mais aussi l’évolution des frontières, des enclaves, des no man’s land, l’histoire des passeports, des visas, et évoque les menaces qui pèsent toujours sur ce traité. A l’extérieur du musée, le bateau où a été signé l’accord est toujours là, devant le monument de l’Europe et deux pans symboliques du mur de Berlin.

Coup de cœur

A Clervaux, l’humanité photographiée

Au nord, Clervaux vaut également le détour, notamment pour l’exposition « The Family of Man », montée par le photographe Edward Steichen pour le Musée d’art moderne de New York (MoMa) en 1955. Elle a ensuite circulé un peu partout sur la planète jusqu’en 1964, avant d’être donnée par le gouvernement américain au Luxembourg, conformément aux vœux de Steichen. L’exposition est désormais présentée de façon permanente au château de Clervaux, depuis 1994.

Pensée comme un manifeste pour la paix et l'égalité, cette exposition qui raconte l’humanité avec une force exceptionnelle réunit des clichés de 273 photographes du monde entier, dont des artistes majeurs comme Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Dorothée Lange, ou encore Robert Doisneau. Autour de plusieurs thèmes forts (la naissance, l’amour le travail, la famille l’éducation, la mort…) l’exposition montre les différences d’approches que peuvent avoir les hommes, mais aussi l’universalité de ce qu’ils éprouvent et vivent durant leur existence.  Plusieurs décennies après sa création, cette exposition continue de diffuser une formidable et touchante leçon de fraternité.