Le König Ludwig, retrouver du temps pour soi dans un environnement royal

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Dans l’Allgäu bavarois, même les hôtels de luxe semblent avoir appris la discrétion. Ici, pas de grands immeubles surgis au milieu des paysages alpins, mais de belles maisons qui savent se fondre dans leur environnement. Le König Ludwig, à Schwangau, en est une belle illustration. Un établissement qui porte pourtant le nom du roi le plus célèbre de Bavière, celui dont les châteaux semblent avoir été imaginés pour célébrer le faste et le rêve.

Et le contraste est plutôt agréable. Après avoir affronté la foule venue visiter Neuschwanstein, il suffit de franchir les portes du König Ludwig pour changer complètement d’atmosphère. Le sourire chaleureux des réceptionnistes, un verre de bienvenue que l’on déguste confortablement installé dans le vaste lobby… Ici, on comprend rapidement que l’on n’est pas venu pour courir d’une activité à l’autre.

Les différents espaces s’organisent comme un petit monde à part : les chambres et suites, le spa, les restaurants, le bar-lounge… Le tout sans donner l’impression d’un immense complexe hôtelier. C’est sans doute l’une des particularités du König Ludwig : l’établissement a grandi au fil du temps, sans jamais chercher à dominer le paysage.

Une histoire de famille

Il y a plus de quarante ans, Werner Lingenfelder achète un vaste terrain avec vue sur les Alpes. Le plus étonnant est que personne ne semblait alors s’y intéresser. Avec son épouse, il y construit un hôtel simple, pensé avant tout pour les amoureux de sport et de nature. La région s’y prête merveilleusement : randonnée et vélo aux beaux jours, ski en hiver.

Puis l’hôtel s’agrandit. Mais pas question de construire toujours plus haut. Au fil des années, Werner Lingenfelder acquiert les prés voisins et étend progressivement son établissement dans le paysage.
Une philosophie familiale que son fils Florian va profondément faire évoluer à partir de 2007. Après des expériences professionnelles à New York, Florence et Zurich, il revient avec une autre vision de l’hôtellerie. «Cette période a véritablement façonné ma vision de l'hôtellerie. J'ai appris que le véritable luxe ne réside pas dans l'ostentation, mais dans l'attention portée à l'autre, la personnalité d’un lieu et le sentiment, pour le client, d'être véritablement considéré. »
Une phrase qui prend tout son sens lorsque l’on découvre le König Ludwig.

Le luxe de ne rien faire

Car l’hôtel s’est peu à peu transformé en un vaste refuge consacré au bien-être. À l’époque où le projet commence, le wellness se résume encore souvent à quelques saunas et à des massages. Pour Florian Lingenfelder, la notion mérite d’être repensée.
«Aujourd’hui, la fatigue n’est pas toujours physique : elle est aussi mentale, alimentée par un quotidien où les sollicitations et les décisions ne s’arrêtent jamais
Le spa devient alors beaucoup plus qu’un espace de soins. Mouvement, gastronomie, régénération, mais aussi silence et solitude : tout est pensé pour permettre à chacun de retrouver son propre rythme.
Et c’est peut-être là que réside le véritable luxe du König Ludwig. Sur plus de 50 000 m², les jardins, les bassins naturels et les multiples petits espaces où l’on peut s’isoler invitent à ralentir. Rien n’oblige à suivre un programme, à optimiser sa journée ou à remplir chaque heure. On peut marcher, nager, se faire masser… ou tout simplement ne rien faire.
Dans notre quotidien où tout doit être prévu, organisé et rentabilisé, cette liberté-là devient presque un luxe absolu.

Le spa profite d'un cadre naturel majestueux. ©Hervé Laurent
Le spa profite d'un cadre naturel majestueux. ©Hervé Laurent

Un hôtel réservé aux adultes

Cette philosophie explique aussi l’un des choix les plus audacieux de l’établissement : le König Ludwig est réservé aux adultes.
Une décision d’autant plus assumée que Florian Lingenfelder est lui-même père. Il sait combien les vacances en famille peuvent être merveilleuses. Mais il sait aussi combien il est devenu rare, pour les adultes, de disposer de quelques jours entièrement consacrés à eux-mêmes.
Le choix du « adults only » a évidemment suscité quelques réactions. Il ne s’agit pourtant pas de considérer les enfants comme une gêne, mais de créer un lieu où une tranquillité totale devient possible. Une autre manière, finalement, de répondre aux attentes d’une clientèle qui vient ici pour souffler.
Et l’environnement est idéal pour cela. Les Alpes de l’Allgäu, les lacs, les prairies et, tout près, la silhouette féerique de Neuschwanstein composent un décor difficile à égaler.

Louis II, présent sans jamais être envahissant

Impossible, bien sûr, de séjourner au König Ludwig sans rencontrer son illustre parrain. Le roi Louis II est partout, mais jamais de manière ostentatoire ou kitsch.

Pas de portrait kitsch de Louis II mais des interprétations contemporaines.
Pas de portrait kitsch de Louis II mais des interprétations contemporaines.

Quelques portraits réalisés par un artiste contemporain, deux robes de Sisi — à admirer uniquement avec les yeux ! —, un mobilier de restaurant évoquant un pavillon de chasse, quelques détails dans les chambres… Les références royales apparaissent par petites touches.

Même les chambres d’entrée de gamme ont leur personnalité, avec des matériaux nobles et des clins d’œil à l’univers alpin et royal. Quant aux suites, elles assument pleinement leur nom : lustres en cristal, sauna panoramique, salle de bains qui joue elle aussi la carte du raffinement…

Mais que pense donc Florian Lingenfelder du roi dont son hôtel porte le nom ? Sa réponse est sans ambiguïté : «Je considère Louis II avant tout comme un visionnaire. Bon nombre de ses idées n'ont pas été comprises de son vivant. Aujourd'hui, ses châteaux figurent parmi les monuments les plus célèbres d'Europe et façonnent l'image de notre région à l'échelle mondiale. »
Il reconnaît bien sûr que les personnages historiques doivent être replacés dans le contexte de leur époque. Mais au König Ludwig, Louis II représente surtout « La créativité, l’esthétique et la volonté de créer quelque chose d’exceptionnel ».
Un hommage à la région et à son histoire, donc, plutôt qu’une reconstitution historique.

Plus qu’un hôtel, une parenthèse

Au fond, c’est peut-être ce que je retiendrai surtout du König Ludwig. La beauté des montagnes et la proximité de Neuschwanstein contribuent évidemment à son charme. Le spa, les chambres, la gastronomie et la qualité du service font le reste.
Mais ce qui donne véritablement une âme au lieu est plus difficile à décrire. C’est cette impression que, dès l’arrivée, quelqu’un vous dit implicitement : vous pouvez enfin ralentir.
Pas besoin de chercher sans cesse quoi faire. Pas besoin de remplir la journée. On peut simplement profiter du paysage, se glisser dans l’eau chaude, s’installer quelque part avec un livre ou prolonger un repas.
Et après tout, retrouver quelques heures pour soi, dans un décor pareil, n’est-ce pas une définition assez séduisante du luxe ?