La Bulgarie, nouvel eldorado des touristes en dix étapes incontournables

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Pays énigmatique, la Bulgarie a de tout temps été un le carrefour de différentes civilisations et de cultures. Après cinq siècles de domination ottomane, ce petit pays d’Europe de l’Est, parsemé de montagnes escarpées et de grandes plaines fertiles est encore très lié à la Russie. Voici dix choses à ne pas manquer si vous y séjourner.

Pobiti Kamani : des formations géologiques uniques au monde

A une vingtaine de kilomètres à l’ouest de la ville de Varna se dresse un paysage aussi désertique que singulier : Pobiti Kamani, littéralement « les pierres plantées » : posées sur le sable, des colonnes de pierre creuses et sculptées par la nature datant de 50 millions d’années et mesurant jusqu'à 9 mètres de haut. Quelle est l’origine de ces formations géologiques ? Le débat n’est pas tranché. Certains avancent qu’il s’agirait d’anciens récifs de coraux, érodés par le temps.

D’autres pensent que l’on a à faire à des arbres ou des conglomérats d’algues pétrifiés. D’autres encore imaginent que ces colonnes à l’origine sous-marine se sont formées sous l’effet des migrations de fluides et de micro-organismes. Dans tous les cas, ce type de fossilisation est unique au monde. Le site qui s’étend sur 253 km2 se divise en quatorze zones plus ou moins importantes. Le plus connu est celui de Dikilitas, situé au bord de l’ancienne route reliant Varna à Deynya. On y dénombre 300 colonnes de tailles variées. Mais c’est sur le site de Stashimirovo que l’on peut observer les plus hautes alors que les plus fantasmagoriques se concentrent à Banovo. Protégées par l’Etat Bulgare depuis 1938, ces formations géologiques ont fasciné les hommes dès l’Antiquité. Pour les Thraces, c’était notamment un site rituel. Plus près de nous, cet endroit singulier a accueilli nombre de tournages de films de « Vercingétorix » à « Conan », en passant par « La légende du druide roi ». A noter que le site semi-désertique, l’un des deux seuls en Europe abrite également une faune et une flore adaptées, incluant des espèces végétales rares et protégées.

 A Varna, les plus vieux bijoux en or au monde

L'incroyable conservation de ce squelette vieux de plus de 6000 ans et couvert de bijoux et d'objet sen or.
L'incroyable conservation de ce squelette vieux de plus de 6000 ans et couvert de bijoux et d'objet sen or.

Le Musée archéologique de Varna abrite les plus vieux bijoux en or du monde, découverts en 1972 dans une nécropole. Près de 3000 objets répartis dans 62 tombes pour un poids total de 6 kg de métal précieux ont été exhumés à l’issue de quelque vingt années de fouille.  Ces parures de tête, colliers, bracelets, boucles d’oreilles, diadèmes, sceptres, plaques d'or décoratives pour les vêtements, mais aussi gaines phalliques de près de 24 carats façonnés entre 4600 et 4300 avant notre ère, constituent la plus ancienne preuve connue du travail de ce métal précieux par l’humanité. Le musée qui consacre une salle complète à ce trésor expose également le squelette d’un homme couvert d’or, portant bracelet, fourreau pénien et avec en main une hache équipée d’un manche d’or ! Cette découverte majeure dans l’histoire de l’archéologie suggère que Varna serait l'un des tout premiers foyers de civilisation connus, bien avant les Egyptiens, les Grecs et les Romains ! Car pour les archéologues, ces bijoux en or témoignent des débuts d'une société hiérarchisée où seules quelques personnes (probablement les dirigeants) bénéficiaient d'un tel traitement funéraire. L’or était alors un symbole sacré du statut social. Ce qui rebat les cartes et modifie tout ce que l’on a pu apprendre à l’école sur les « premières grandes civilisations »

Le yaourt, une fierté nationale

En Bulgarie le yaourt est une fierté nationale, réputé pour ses qualités nutritionnelles. On en trouve partout et de qualité diverse. C’est un yaourt brassé, crémeux, onctueux avec une saveur naturellement acidulée et qui a cette particularité de contenir une bactérie unique : la fameuse « Lactobacillus bulgaricus ». Celle-ci détruit les toxines et combat les microbes tout en favorisant le développement des bactéries bienfaisantes pour notre système digestif. La tradition du yaourt bulgare remonte aux Thraces plus de 1000 ans avant notre ère. Sa spécificité scientifique a été découverte en 1905 par le médecin et microbiologiste, Stamen Grigorov qui a identifié la bactérie clé responsable de sa fermentation naturelle. Dans les années qui suivent le yaourt bulgare est même vendu comme médicament dans les pharmacies. Aujourd’hui, la production s’est grandement industrialisée, mais on trouve encore des yaourts authentiques dans les fermes et sur les marchés de producteurs.

Nessebar, le joyau de la riviera

Fondée par les Thraces, il y a plus de 3000 ans, Nessebar, le joyau de la riviera bulgare a la particularité d’avoir été en partie enseveli, il y a près de 2000 ans lors d’une montée des eaux de la Mer Noire, ce qui en fait aussi un intéressant spot de plongée. Cité de marchands, qui tomba successivement aux mains des Byzantins, des Romains, des Ottomans, Nessebar était aussi réputée pour ses thermes et la qualité de ses eaux. L’empereur Constantin y serait d’ailleurs venu pour se faire soigner les jambes.  Ce village musée est aujourd’hui assis sur une presqu’ile rocheuse de 850 m de long pour 350 m de large qui concentre des richesses en architecture byzantine comme il n’en existe nulle part ailleurs en Bulgarie. L’un des joyaux de la cité est l’église du Christ Pantocrator, qui date du XIVe siècle. La presqu’île, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO est aussi connue pour ses habitations traditionnelles du XVIIe siècle, avec un rez-de-chaussée en pierre, et un étage plus grand en bois. En été, pendant la haute saison, Nessebar est envahie par les marchands de souvenirs, ce qui impacte grandement le cadre de la visite. Bref, si vous voulez pleinement profiter de cette flânerie hors du temps, il est fortement conseillé de se lever tôt pour visiter Nessebar.

Au nom de la rose

Nichée entre les monts Balkans et la chaîne de Sredna Gora, la Vallée des Roses s'étend sur 120 km d'est en ouest, de Klissoura à Nova Zagora. Son climat tempéré et ses sols alluviaux en font un écrin idéal pour la culture de la rose de Damas, ramenée à la fin du XIIIe siècle par les Croisés. Chaque année, dans la région, de fin mai à la mi-juin, les fleurs sont récoltées à la main, dès potron-minet, pour éviter que le soleil n'évapore la rosée protectrice et les précieuses molécules aromatiques. Si les Bulgares se lèvent si tôt pour cueillir les roses, c'est que personne n'a trouvé à remplacer ce produit indispensable aux parfumeurs. L'essence produite apporte une note de cœur veloutée, miellée et verte. Mais surtout, elle possède la propriété unique d'harmoniser les senteurs contradictoires. La Bulgarie est avec la Turquie voisine, le plus grand producteur mondial d'huile essentielle de rose. A noter encore que chaque année, au début du mois de juin, la ville de Kazanlak organise la célèbre fête de la rose qui attire des touristes du monde entier.

 

 Des vestiges romains singuliers

Le théâtre romain de Plovdiv.
Le théâtre romain de Plovdiv.

La Bulgarie a intégré l’Empire romain au 1er siècle et le pays conserve de cette époque un patrimoine remarquable. Deuxième ville du pays, Plovdiv abrite l’un des théâtres les mieux conservés du monde romain.  Sans doute parce qu’il a été longtemps enseveli sous 15 mètres de terre ! Sa redécouverte date des années soixante-dix, lors de la démolition d’une vieille maison. Il a fallu près de dix ans aux archéologues pour le mettre au jour et le restaurer. Autre curiosité, toujours à Plovdiv : le stade long de 250 mètres qui accueillait jeux, courses de chars et autres combats de gladiateurs. Lui aussi a été enseveli. On a même construit la ville nouvelle dessus. L’une de ses extrémités a été dégagée ainsi que l’ancien tunnel qui menait dans l’arène. Une autre partie est également accessible depuis le magasin H&M. Il y a aussi de nombreux vestiges romains à Sofia, Hisarya, Kabilé, Abritus… A voir également, à Varna, les thermes construits au IIème siècle et réputés être les quatrièmes plus vastes d’Europe ou encore le Musée des mosaïques de Devnyaqui présente une jolie collection de mosaïques romaines et byzantines.

Monastère et église à gogo, mais croyance en berne

La rotonde de Saint-Georges, la plus vieille construction de Sofia, datée du IVème siècle.
La rotonde de Saint-Georges, la plus vieille construction de Sofia, datée du IVème siècle.

 70% des Bulgares sont orthodoxes de confession. Dans ce petit pays d’à peine 7 millions d’habitants, le rapport à l’église est vu comme un marqueur de l'identité nationale, plutôt que comme un engagement spirituel actif. Les décennies de régime communiste ont fortement secoué et réduit la transmission de la foi. Pour autant, le pays compte un nombre impressionnant d’édifices religieux. On dénombre notamment 160 monastères souvent perchés dans les montagnes. Mais leur histoire est surtout liée au passé, à une époque où la religion était un paravent pour la culture bulgare, durant les siècles d'occupation ottomane.  Le plus grand et le plus célèbre monastère du pays, est celui de Rila, fondé au Xᵉ siècle et classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Une merveille qui a des airs de forteresse tibétaine et qui abrite des fresques remarquables du XIXe siècle. Deux autres monastères méritent le détour : celui de Batchkovoprès de Plovdiv et celui de Troïan niché dans les montagnes des Balkans. Parmi les églises ne manquez pas la rotonde de Saint-Georges, la plus vieille construction de Sofia, datée du IVème siècle et désormais entourée par les bâtiments de la présidence de la République.

Renouveau national et bouillonnement créateur

Maisons du renouveau national dans la vieille ville de Plovdiv.
Maisons du renouveau national dans la vieille ville de Plovdiv.

En 1878, la défaite de l’empire ottoman, lors de la guerre russo-turque, met un terme à cinq siècles d’occupation ottomane en Bulgarie, durant laquelle le pays s’est trouvé isolé de l’Europe. Mais la rupture était consommée depuis plus d’un siècle, grâce à l’émergence d’un mouvement politique, culturel et religieux visant à éclairer, éduquer et affranchir intellectuellement le peuple grâce à l’instruction. Le retrait des ottomans a accéléré le mouvement avec une volonté forte « de rattraper le temps perdu ». Cette renaissance s’est traduite à travers une production littéraire riche, marquée par la publication de « Sous le joug » d’Ivan Vazov, l’émergence de penseurs, de mouvements artistiques… C’est à cette époque que l’art pictural s’émancipe des règles byzantines sous l’impulsion de plusieurs écoles, notamment celle de Bansko. De la peinture d’icônes, la Bulgarie passe à une peinture plus réaliste. A Sofia, la galerie nationale propose plusieurs salles entières dédiées aux maîtres de cette époque. Le musée de la renaissance nationale de Varna expose également de nombreuses œuvres de la vie quotidienne au XIXème siècle symbolisant ce renouveau. Ce mouvement a également touché l’architecture avec l’émergence de demeures bourgeoises à encorbellement aux façades colorées ornées de fresques en trompe-l'œil et de boiseries sculptées. On retrouve de nombreux témoignages de ce style dans les villages musées de Koprivchtitza et de Jéravna mais aussi dans le vieux Plovdiv

Veliko Tarnovo, la cité des Tsars

Cerné par trois collines dominant les méandres de la rivière Yantra, Véliko Tarnovo s’étage en amphithéâtre dans un océan de verdure. Les maisons sont comme suspendues dans le vide, pèle mêle, les unes sur les autres. Son histoire remonte à plus de cinq millénaires, mais son apogée est liée au second royaume bulgare (1185-1393) dont elle fut le cœur politique, spirituel et culturel. Surnommée la « Cité des Tsars », Véliko Tarnovo a fini par tomber sous les assauts ottomans au terme d’un long siège. De cette époque glorieuse, l’ancienne capitale bulgare a reconstruit une partie de la forteresse qui domine la colline de Tsarevets où est donné un son et lumière deux à trois par semaine entre mai et septembre. L’âme de cette ville au patrimoine historique d’une grande richesse se ressent à chaque coin de ses ruelles pavées et patinées par le temps. On se plaît à déambuler dans le vieux quartier de Varusha, avec ses vieux cafés, ses recoins inspirants qui concentrent nombre d’artisans au savoir-faire ancestral. A voir également la très jolie rue Gourko, qui traverse la ville en balcon en dominant la rivière.

Coup de cœur

Bains de boue à ciel ouvert

Pomorié, petite station balnéaire au bord de la Mer Noire, est aussi réputée pour la boue de sa lagune, riche en minéraux, en sels et en substances organiques. Sur les rivages du lac, des dizaines de personnes en maillot de bain s’enduisent la peau de cette boue prélevée au fond de l’eau. « Il faut ensuite attendre une vingtaine de minutes pour que la boue sèche, puis se laver dans l’eau claire du lac », explique Dimitar, un habitant de la ville qui vient ici deux à trois fois par semaine « pour soulager son arthrose ». 

Les vertus curatives de la boue du lac de Pomorié sont connues depuis le VIème siècle avant JC. Les Thraces appelaient cette lagune hautement salée « Le lac sacré aux trois nymphes ». La boue qui dégage une légère odeur soufrée provient de la décomposition naturelle d'algues et de plancton. Elle contient un cocktail de substances minérales — chlorite de sodium, magnésium, potassium, soufre… réputé soigner les problèmes du système musculosquelettique, les rhumatismes, les douleurs au dos, les problèmes de peau, mais aussi l’infertilité.

Outre ce spa à ciel ouvert accessible gratuitement en tout temps, on dénombre à Pomorié plusieurs sanatoriums, mais aussi un centre d’illutation au sein de l’hôpital qui propose des soins avec cette boue. Pour dénicher le lac salé et la plage accessible aux amateurs de boue, suivre la direction du musée du sel.