Le « Drachenstich », quand toute une ville retient son souffle
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À Furth im Wald, à la frontière entre la Bavière et la Bohême, il suffit d'apercevoir quelques fanions dans les rues pour comprendre que le grand moment approche. Les maisons se parent de leurs plus beaux atours, les vitrines ressortent les photos jaunies des anciens chevaliers et des princesses... et, comme par enchantement, les éternels travaux de voirie disparaissent avant le début du mois d'août.
Pour les habitants, c'est la « cinquième saison ». Pendant quinze jours, toute la ville vit au rythme du Drachenstich, l'un des plus anciens spectacles populaires d'Allemagne. Depuis des siècles, le même frisson parcourt les rues lorsque s'annonce le combat entre le chevalier Udo et le terrible dragon.
Et ce n'est pas une simple fête touristique. À Furth im Wald, presque tout le monde y participe. Les acteurs sont des bénévoles, les figurants aussi, et les familles transmettent cette passion de génération en génération. Enfants, chacun connaît les dialogues par cœur. Les garçons rêvent d'enfiler un jour l'armure du valeureux chevalier, tandis que les filles s'imaginent en princesse prête à se sacrifier pour sauver son peuple.
Le dragon sort de sa tannière
Moi aussi, j'ai grandi avec cette légende. Je suis née ici. Mais, contrairement à beaucoup de mes amies, ce n'était pas le rôle de la princesse qui me faisait rêver... Mon personnage préféré était le chevalier noir, le grand méchant de l'histoire ! Je connaissais toutes ses répliques par cœur.
Une légende qui évolue avec son époque
Le spectacle que l'on découvre aujourd'hui n'est pourtant plus tout à fait celui de mon enfance.
En 2006, le texte a été entièrement réécrit. Pendant des siècles, le dragon symbolisait la menace venue de l'Est et les guerres qui ont marqué cette région frontalière. Avec l'ouverture des frontières et les excellentes relations entre Bavarois et Tchèques, cette vision n'avait plus vraiment sa place.
La nouvelle mise en scène s'appuie davantage sur les réalités historiques. Elle aborde les conflits religieux, le fanatisme, les jeux de pouvoir, la trahison, l'amour et l'honneur. Des thèmes étonnamment actuels qui donnent davantage de profondeur au spectacle.
Le peuple fuit les guerres et le Mal, le dragon
En contrepartie, les visiteurs ne parlant pas allemand peuvent parfois avoir du mal à distinguer les alliés des adversaires. Dans l'ancienne version, tout était limpide : les gentils portaient une armure étincelante, les méchants étaient vêtus de noir et la princesse apparaissait en blanc immaculé. Aujourd'hui, les personnages sont plus nuancés. Mais un petit détour par l'histoire de la région (et la lecture d'un livret disponible à l'Office de tourisme) avant la représentation permet d'en profiter pleinement.
Quand le vrai héros entre en scène...
Les combats, les joutes verbales, les intrigues politiques et l'histoire d'amour captivent le public. Pourtant, chacun attend secrètement le même moment. Celui où le dragon surgit enfin de sa tanière. Et là, impossible de rester de marbre! Il faut dire que « Tradino » n'est pas un dragon comme les autres. Long de 15,50 mètres, haut de 4,50 mètres, large de près de quatre mètres et doté d'une envergure de douze mètres, il est considéré comme le plus grand robot quadrupède au monde.
Plus d'une vingtaine d'entreprises ont participé à sa construction en 2010. Des spécialistes des effets spéciaux hollywoodiens ont apporté leur savoir-faire, tout comme des ingénieurs du centre spatial allemand. Le résultat est spectaculaire : l'immense créature avance, tourne la tête, rugit... et crache d'impressionnantes gerbes de feu. Depuis son apparition, les anciens dragons paraissent soudain bien modestes. Pourtant, « Tradino » n'est que le dernier représentant d'une très longue lignée. Il y a plus de cinq siècles, le dragon était simplement incarné... par des habitants déguisés !
Plus de 500 ans de dragon
La première mention écrite du Drachenstich remonte à 1590, même si ses origines sont certainement plus anciennes. Les archives ont malheureusement beaucoup souffert des conflits qui ont marqué cette région frontalière.
À l'origine, le dragon faisait même partie de la procession de la Fête-Dieu. Le combat entre saint Georges et le monstre s'inscrivait dans une mise en scène imaginée par l'Église catholique à l'époque de la Contre-Réforme. Les paysans allaient jusqu'à tremper leurs mouchoirs dans le sang du dragon, auquel on prêtait des vertus miraculeuses.
Mais très vite, le public s'intéresse davantage au dragon qu'à la procession religieuse. En 1878, les autorités décident donc de supprimer sa participation au cortège. Une décision qui provoque une véritable levée de boucliers parmi les habitants qui ont pris d'assaut le presbytère!
Le dragon est finalement sauvé... et obtient même sa propre fête. Depuis 1879, il règne chaque été sur Furth im Wald.
Quinze jours de fête médiévale
Le Drachenstich ne se résume pas au spectacle du soir, même si les représentations nocturnes restent les plus impressionnantes.
Pendant deux semaines, la ville entière replonge au Moyen Âge. Le grand défilé historique retrace plus de mille ans d'histoire avec près de 1 400 participants en costume, quelque 250 chevaux et de nombreuses fanfares.
Les amateurs de chevalerie peuvent assister à des tournois équestres où de vaillants chevaliers croisent le fer pour conquérir le cœur d'une noble dame. Les combats à l'épée, les démonstrations d'adresse, les musiques médiévales et les nombreuses touches d'humour font revivre cette époque avec beaucoup de panache.
Les plus jeunes ne sont pas oubliés. Autour de la place du château, un vaste parcours de jeux médiévaux leur est entièrement consacré. Tir à l'arbalète, lancer d'anneaux, défis d'adresse, jeux en bois ou encore... tentative d'atteindre la gueule du dragon : chaque épreuve permet de gagner quelques pièces que les enfants échangent ensuite contre des dragons miniatures, des épées en bois, des boucliers ou des couronnes.
Le motif préféré lors des ateliers de maquillage? Le dragon, evidemment!
Des artisans présentent également leurs savoir-faire, tandis que des spectacles de marionnettes, des ateliers créatifs et des séances de maquillage prolongent la magie.
À Furth-im-Wald, le dragon ne se contente décidément pas de sortir de sa forêt. Pendant quinze jours, il fait battre le cœur de toute une ville.
Coup de cœur
Cave Gladium, le Moyen Âge grandeur nature
S'il y a un endroit où j'ai vraiment l'impression de remonter le temps, c'est bien à Cave Gladium. Créé presque discrètement par quelques passionnés en marge du Drachenstich, ce marché médiéval est devenu, au fil des années, l'un des temps forts de la fête. Ce n'est pas étonnant.
À peine le portail franchi, le XXIᵉ siècle semble s'effacer. Plus d'un millier de passionnés, répartis en une centaine de camps venus de toute l'Europe, vivent ici comme au Moyen Âge. Les tentes en toile s'alignent, les feux crépitent, les armures brillent au soleil et les odeurs de bois fumé flottent dans l'air.
Je pourrais passer des heures à observer les artisans. Forgerons, tanneurs, fileuses ou calligraphes redonnent vie à des gestes oubliés. Un peu plus loin, des guerriers répètent leurs combats tandis que des ménestrels déambulent entre les allées, accompagnant la visite de leurs mélodies.
Puis viennent les tournois. Les affrontements à l'épée et au bouclier impressionnent par leur réalisme, mais le spectaculaire Bruchenball, un sport médiéval aussi physique qu'insolite, attire-lui aussi une foule enthousiaste. Sans oublier les reconstitutions de batailles, les démonstrations de fauconnerie, les conteurs et les saltimbanques qui donnent au site des airs de grande foire médiévale.
Le marché mérite à lui seul une longue promenade. Plus d'une centaine d'échoppes proposent bijoux, cuir, poteries, vêtements, armes et mille objets façonnés à la main. Impossible de repartir sans s'arrêter devant quelques artisans au travail.
Et puis il y a les odeurs... Celles des saucisses qui grésillent sur le feu, des poissons grillés, du pain encore chaud et de la bière brassée spécialement pour l'événement. Difficile d'y résister.
Beaucoup de visiteurs jouent le jeu jusqu'au bout, viennent vêtus de longues robes - moi aussi -, de capes ou d'armures. Pendant quelques heures, chacun semble oublier son époque pour vivre pleinement cette parenthèse médiévale.
Cave Gladium n'est pas un simple marché historique. C'est une formidable machine à voyager dans le temps... et l'on s'y laisse volontiers prendre.
Le « Drachenstich », quand toute une ville retient son souffle
Les combattants au café.... les armes doivent rester à l'extérieur
Regardez bien, le vaillant chevalier a sauté sur la tête du dragon
Dans les vitrines, des photos anciennes racontent aussi l'évolution des costumes
A Furth im Wald, le dragon s'affiche partout en ville
A Furth im Wald, le dragon est même taillé dans la pierre sur le fronton de la mairie
Lancer de fer à cheval pour les enfants
Le forgeron au Cave Gladium
Malgré la fatigue, après chaque représentation les acteurs principaux se prêtent aux séances photo
200 chevaux participent au défilé historique
1 200 participants en costumes historiques font défiler les pages de l'histoire de la ville frontalière
10 chevaux tirent le carrosse de la princesse
Le "grand méchant" du spectacle
Le dragon des petits
Beaucoup de visiteurs du Cave Gladium viennent en tenue
Des costumes magnifiques au Cave Gladium
De nombreux troubadours et autres musiciens rythment le Cave Gladium
Le repos du guerrier
Des compétitions un peu barbares
Des jeunes fauconniers lors du défilé historique
Mieux vaut s'écarter de leur chemin...
Au Cave Gladium, on peut aussi prendre un bain en musique
Enfiler une tenue d'une autre époque, pour être dans l'ambiance
Il faut bien nourrir les chevaliers au Cave Gladium
Plusieurs artisans travaillent dans le campement du Cave Gladium
Les chasseurs lors du défilé
Au Cave Gladium, on ne rigole pas avec les malfrats!
Une petite partie du campement
Rencontres surprenantes au Cave Gladium
Dans le campement
Le Cave Gladium est aussi l'occasion d'acheter des tissus et autres accessoires