Sofia, "la ville de la sagesse", dévoile ses trésors historiques et culturels

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Au cœur de l'Europe du Sud-Est et des Balkans, Sofia, la capitale de la Bulgarie, surnommée "La ville de la sagesse", offre à découvrir sa richesse patrimoniale. On n'a pas 7000 ans d'âge et 2000 ans d'une Histoire animée sans raison. On ne se développe pas au carrefour de cultures et de civilisations sans éclat. A 3 heures de Paris, la tentation est grande de se laisser porter dans la cité-phare du « pays des roses ».

Centre politique, économique, universitaire et culturel de la Bulgarie, sa capitale depuis 1879, Sofia était connue jadis sous le nom de Serdica. L’empereur romain Constantin voyait dans cette cité entourée de montagnes « sa Rome ». C’est dire si le pouvoir de séduction opérait. Il reste plus que jamais attractif, pour un séjour de découverte, avec une échappée dans un des joyaux naturels du pays : les sept lacs de Rila.     

La rotonde Saint-Georges (début du IVᵉ siècle) est le plus ancien édifice conservé de Sofia. Photo Nil Vautrin
La rotonde Saint-Georges (début du IVᵉ siècle) est le plus ancien édifice conservé de Sofia. Photo Nil Vautrin

Pour qui aime l’histoire, une ambiance urbaine décontractée, et la nature à proximité, aucun doute, direction Sofia, la capitale de la Bulgarie ! En trois jours, le city trip vous plongera dans 7000 ans d’histoire, dont les deux derniers millénaires se lisent à chaque coin de rue, ou presque. Avec pour horizons immédiats la montagne Vitocha qui culmine à 2290 mètres, Sofia affiche une autre singularité : la possibilité de randonnées, l’été, et de glisse, l’hiver, à deux pas de celle qui a pour autre privilège d’être nommée « la ville de la sagesse ». Excusez du peu !

Église orthodoxe des Sept Saints. Photo Nil Vautrin
Église orthodoxe des Sept Saints. Photo Nil Vautrin

A l’heure où la Bulgarie a rejoint la zone euro - le 1er janvier 2026 - où le paiement de trajets en bus ou en métro s’opère sans contact, pour un maximum de 2 euros par jour, quels que soient les parcours, où la vie s’avère 30 à 40% moins chère qu’en France, pourquoi se priver de cette évasion instructive au cœur de l’Europe du Sud-Est et des Balkans ? Au carrefour d’influences thraces, grecques, romaines, byzantines, ottomanes et slaves, le pays ne pouvait qu’accumuler des trésors d’architecture qui illuminent aujourd’hui sa capitale.

"Le lion nous est cher"

Avant d’en faire le tour, une halte s’impose autour du lion qui s’incruste un peu partout dans la ville : statues, armoiries, monuments, décors de portes, devant le Palais de justice, le Palais national de la Culture, au cœur de la ville rue Oborishte ou boulevard Knyaz Aleksandar Dondukov, sur le pont franchissant la Vladaya, et sur moult bâtiments officiels.

Le lion, symbole de la Bulgarie, devant le Palais de Justice de Sofia. Photo Nil Vautrin
Le lion, symbole de la Bulgarie, devant le Palais de Justice de Sofia. Photo Nil Vautrin

« Le lion nous est cher, car il incarne la mémoire de notre peuple », confie Nikolay, un étudiant en droit, attablé dans un de ces populaires kafene - café-bar - de quartier, encourageant la conversation. « Ce café, puissant, aromatique nous vient des Ottomans. Nous avons su nous enrichir, au fil des siècles, de ces apports, tout en résistant aux oppressions. Le lion représente tout cela : force, courage, résistance, bref souveraineté et indépendance ». Nous voilà rassurés et prêts à partir à la découverte d’une ville ouverte à l’autre et fière de son identité.

L'amphithéâtre de Serdika

Sofia tire en fait son nom de l’église Sainte-Sophie construite à partir du IVe siècle. La cité se nommait alors Serdika. Deux siècles plus tard, l’église deviendra la plus grande basilique byzantine jamais construite en dehors de Constantinople et donnera au 15e siècle son nom à la ville. Sans vouloir concurrencer le fameux lion, un monument haut de 24 mètres est dédié à Sainte-Sophie place Sainte-Nedelya. Il fut érigé en 2001, là même où se dressait une gigantesque statue de… Lénine. Au nom de la sagesse (sophia en grec), rupture et renouveau allaient de pair. Modernité et passé glorieux tout autant.

C’est en effet en creusant une extension du métro de Sofia, entre l’Assemblée nationale et la mosquée Bania Bachi, un autre monument sacré emblématique (1567), que fut mise à jour, toujours à Serdika, une partie d’un site archéologique précieux. Une ville romaine quasi intacte, dont un amphithéâtre, y fut découverte. La singularité du site antique tient au fait qu’on découvre en grande partie ce musée en plein air, sous des verrières à ciel ouvert. Saisissant !

Un oeucuménisme architectural

En matière patrimoniale, Sofia ne manque jamais de surprendre. Parmi les incontournables, outre les monuments déjà cités, on notera la cathédrale Alexandre Nevski, l’une des plus grandes cathédrales orthodoxes dans le monde, au style néobyzantin, aux énormes coupoles dorées. Consacrée en 1924, elle fut élevée en mémoire des soldats russes morts lors de la guerre russo-turque de 1877-1878, libérant la Bulgarie de la tutelle ottomane.

Mosquée Bania Bachi. Photo Nil Vautrin
Mosquée Bania Bachi. Photo Nil Vautrin

Boulevard Knyaz Aleksandar Dondukov, la rotonde Saint-Georges sort également du lot pour être le plus ancien édifice conservé de Sofia. Construite en briques au début du IVe siècle, l’église qui fut mosquée, abrite des fresques, remontant pour les plus anciennes aux IXe et Xe siècles. Au nom de cet œcuménisme architectural, on retiendra aussi la synagogue centrale de Sofia, l’église orthodoxe russe Saint-Nicolas-le-Thaumaturge et ses cinq bulbes dorés, les cathédrales Sainte-Nédélia (orthodoxe bulgare), Saint-Joseph (catholique), sans oublier, à huit kilomètres à l’ouest du centre, l’église Boyana et ses fresques remarquables peintes en 1259. Les édifices institutionnels - l’Assemblée nationale, le Palais présidentiel, le Palais de justice… - et culturels - le théâtre national Ivan Vazov, le Palais national de la culture… - contribuent à la réputation monumentale de Sofia et à l’attrait d’une découverte riche en contrastes. Une promenade nocturne à travers la ville savamment mise en lumière confirme.

Une cité décontractée

La « ville de la sagesse » n’en demeure pas moins une capitale décontractée. Inutile de chercher à s’en convaincre. Entre le Palais national de la Culture et la place Sainte-Nédélia, le boulevard Vitocha, piéton et commerçant, est propice à la flânerie. Il faut aussi s’enfoncer dans les petites rues adjacentes arborées, tout aussi riches en restaurants, commerces, bars à cocktails, boutiques de créateurs… La rue Tsar Ivan Shishman en est une belle illustration, comme les quartiers Lozenets, Oborishte ou encore le KvARTal, non loin du marché central, véritable antre alternative de Sofia.

Rue Pirotska, à deux pas du centre historique. Photo Nil Vautrin
Rue Pirotska, à deux pas du centre historique. Photo Nil Vautrin

La capitale bulgare offre, on le voit, mille occasions de se détendre, le samedi soir surtout, quand des jeunes adultes sur leur 31 rejoignent bars, discothèques et… restaurants. La gastronomie bulgare bénéficie à coup sûr des brassages culturels passés, entre Moussaka revisitée, Shopska salata couverte de fromage blanc râpé, Tarator, une soupe froide à base de yaourt bulgare et de concombres, aïl, aneth et noix… Il faut absolument tester le kumpir, une spécialité de street food consistant en de grosses pommes de terre cuites au four, mélangeant beurre et fromage fondant et personnalisées avec des garnitures au choix : bœuf effiloché, légumes, thons, saucisses, sauces diverses, et plus si affinités.

Le Jardin de la Ville (Gradska gradina), ouvert officiellement en 1878, est le plus ancien jardin public de Sofia. Il est situé devant le Théâtre national Ivan-Vazov. Photo Nil Vautrin
Le Jardin de la Ville (Gradska gradina), ouvert officiellement en 1878, est le plus ancien jardin public de Sofia. Il est situé devant le Théâtre national Ivan-Vazov. Photo Nil Vautrin

Des parcs publics chargés d'histoire

Un ultime atout urbain de Sofia est de disposer de parcs ouverts à tous. Poumon vert de la capitale, le plus ancien et le plus grand a pour nom Borisova Gradina. De quoi s’offrir une pause aérée après la visite du centre historique ! Lieu de loisirs, de pique-nique et de détente sportive, grande roue en prime, il abrite plusieurs monuments commémoratifs liés à la résistance antifasciste. On peut aussi se poser devant le Théâtre Ivan Zavov au Crystal Garden, classé monument de l’art paysager, ou au parc du Palais national de la culture, entre autres parcs publics, aussi verts que chargés d’histoire que compte Sofia. Ce qui n’interdit en rien une virée pleine nature.

Les septs lacs de Rila

La montagne Vitocha, à une vingtaine de kilomètres du centre-ville, s’y prête. Une autre escapade, à environ 90 kilomètres au sud de la capitale, celle-là, conduira les amateurs de marche, de sensations et de beauté, dans le massif de Rila et ses sept lacs. Emotion garantie, à la hauteur de l’énergie dépensée. Au départ de la station de ski de Panichishte, un télésiège transporte à 2000 mètres d’altitude, point de départ d’une randonnée d’exception d’environ 500 mètres de dénivelé positif.

Vue du lac Bliznaka (2 242 mètres d'altitude) et du pic Haramiyata (2 465 mètres). Photo Nil Vautrin
Vue du lac Bliznaka (2 242 mètres d'altitude) et du pic Haramiyata (2 465 mètres). Photo Nil Vautrin

Ou la montée de lac en lac, du plus bas, le lac inférieur, au lac de « la larme », le plus élevé à 2535 mètres. D’environ 4 heures, la boucle ouvre des panoramas grandioses sur les lacs, encore gelés en juin, sur des paysages alpins, souvent enneigés, en un chemin qui, sans être trop technique, demande un peu d’expérience, pour le moins de prudence. L’escapade dans cette nature sauvage mérite quelques équipements de base, côté chaussures et vêtements notamment. Pour qui souhaite s’attarder, ne pas manquer de visiter le monastère de Rila, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. « Celui qui a la foi, a la force », dit la maxime populaire bulgare.

Coup de cœur

Lyulin, le quartier soviétique

Bienvenue florale à Lyulin, l'ex-auqrtier soviétique créé dans les années 1970. Photo Nil Vautrin

Le contraste est saisissant, entre l’atmosphère patrimoniale de la capitale bulgare et l’ambiance « soviétique » de Lyulin. La balade dans un passé pas si lointain, quand débuta en 1973 la construction de ce quartier au nord-ouest de Sofia, vaut à coup sûr le déplacement, pour qui aime faire le pas de côté. Lyulin s’est en fait développé dans les années 1970 pour faire face à la forte croissance démographique de la capitale. Une heureuse initiative quand on sait que ce « district résidentiel » - et ses tours et longues barres aux façades sobres, construites en panneaux de béton préfabriqué - compte aujourd’hui plus de 120 000 habitants. D’abord appelé Moderno predgradie ou « faubourg moderne », cette « ville dans la ville » prit ensuite le nom de la montagne Lyulin voisine, propice, elle aussi, à la randonné avec de belles vues sur Sofia. Lyulin offre en tout cas une vision de l’architecture emblématique de l’ère soviétique, aussi dénommée « moderniste socialiste ». Austère peut-être, vivante, c’est sûr, avec ses commerces, espaces verts, écoles, aires de jeux, marchés, petits cafés de quartier. Idéal pour partager le quotidien des Sofiotes loin des zones touristiques. Les rénovations en cours égaient cet urbanisme de jadis, en y apportant quelque couleur. Témoins les balcons personnalisés, les façades aux enduits colorés, ou encore ce fleuriste exposant ses bouquets et plantations au pied d’un immeuble, paré d’une énorme publicité au rouge vif vantant le confort d’un sofa. A découvrir en deux en trois heures d’une immersion originale.