Fondée au VIIe siècle par un moine venu d’Aquitaine, Gand doit à Saint-Amand deux abbayes : Saint-Bavon et Saint-Pierre, véritables noyaux intellectuels, religieux et économiques de la ville. Bien localisée à la confluence de la Lys et de l’Escaut, la cité flamande ne cessera de se développer, au point de rassembler au Moyen-Age près de 70 000 habitants, s’imposant comme la seconde ville au nord des Alpes après Paris.
Citytrip à Gand, la perle de la Flandre, cité médiévale, culturelle et écologique
A mi-distance entre Bruxelles et Bruges, la halte s’impose à Gand. Surnommée au 19ème siècle « la Manchester du continent », pour sa grande activité industrielle textile, elle a su préserver un patrimoine médiéval inestimable, s’imposant comme « le cœur historique de la Flandre ». De quoi offrir, le temps d’un week-end une découverte à la fois architecturale, culturelle, humaine, parfois innovante, de grande valeur.

Gand - Gent en flamand - compte à coup sûr parmi les plus belles cités d’Europe. Fondée jadis à la confluence de la Lys et de l’Escaut, elle tire des eaux qui la baignent et l’animent son charme et sa richesse. Hier économique et textile quand son port fluvial livrait aux élites européennes ses draperies réputées, aujourd’hui universitaire, technologique, innovante donc, et bien sûr touristique. Il y a en effet tant à découvrir dans celle qui, au Moyen-Age, fut, après Paris, la deuxième ville d’Europe au nord des Alpes. Pour le visiteur d’aujourd’hui, l’avantage tient assurément dans le fait que la majorité de ce patrimoine historique, architectural, culturel, soit accessible dans un périmètre restreint, à pied, à vélo, en tram, voire en kayak… « En un kilomètre autour du centre, on plonge dans 1500 ans d’histoire », résume Jean-Louis Vandevoorde, historien de l’art et guide éclairé, conscient de la chance de partager un si bel et si riche héritage.
Château des comtes et demeures médiévales
Les efforts menés ici en matière environnementale participent au bien-être de la découverte. Si la jeunesse - 80 000 étudiants dont près de 10% d’étrangers - enfièvre volontiers les soirées printanières, la quasi-absence de voitures dans le centre historique confirme.

Un ingénieux plan de circulation favorise les modes de déplacement doux, donc silencieux. Quant aux canaux et bras de rivières, ils sont tout autant sources de sérénité. Construite sur une trentaine d’îles, que traverse une centaine de ponts et passerelles, Gand en tire bénéfice esthétique.
Un tour guidé en bateau dans le centre médiéval ne manque pas de surprises plaisantes, quand se dresse soudain, dans sa puissance massive, le château des comtes. Plus loin, une usine d’hier, installée dans ce qui fut un couvent, dresse sa cheminée au milieu d’un parc verdoyant. Le 19ème siècle industriel, textile et commerçant revit sans fumée. Au bout du canal Lieve se découpent alors les deux tours et la façade du Rabot, une « porte d’eau » datant de 1491 !
Balade au fil de l’eau
Les plongées dans le passé s’enchaînent entre les anciennes demeures flamandes dont les pignons à redents se découpent dans le ciel. Ici une façade en bois a résisté aux effets du temps. Là une terrasse abrite un couple attablé devant un café. La finesse d’une gravure, les détails d’une sculpture content la dense et riche épopée d’une ville qui sut rester libre, si ce n’est rebelle, en dépit des pressions des grandes puissances d’Europe. Flamande avant tout, bourguignonne et impériale - ne vit-elle pas naître en l’an 1500 un certain Charles Quint ! - Gand sut aussi tisser des liens étroits, parfois troubles, avec la France. Le français n’y fut-il pas, jusqu’à la fin du 19e siècle, la langue des élites, la ville n’ en devenant pas moins à cette époque un foyer important de la revendication linguistique du mouvement flamand ? Une certitude, depuis 1377, un dragon protecteur veille toujours non loin de là, du haut du beffroi, sur ses privilèges de droit et de liberté.

Sur les quais de la Lys
Fier à l’évidence de ce passé, un groupe d’enfants, aux coiffes tubulaires en forme de tour crénelée, animent en tout cas Kraanlei, le quai de la grue, où l’on découvre les statues audacieuses de Nestor, le Manneke Pis gantois, et de ses acolytes féminines, Lena et Luna. On peut avoir l’esprit conquérant, sans toujours se prendre au sérieux !
Pour mesurer la puissance et l’influence en Europe de Gand, la cité phare du comté de Flandre, dont l’âge d’or se situe entre le XIIIe et le XVIe siècle, il faut faire halte sur les quais bordant la Lys. Le Graslei, quai aux herbes, et le Korenlei, quai aux grains, s’imposaient comme le centre vital de l’économie médiévale gantoise. En témoignent les magnifiques demeures à pignons qui se font face.
Les trois tours et l’Agneau mystique
A deux pas, aux abords de l’ancienne Poste, pointent vers le ciel les trois tours de l’église Saint-Nicolas, du Beffroi et de la Cathédrale. Un concentré de pouvoir qui n’élude en rien les attraits artistiques de chaque halte. La première se veut un monument emblématique du gothique scaldien, le second vaut pour ses vues panoramiques, son dragon et son carillon chantant parfois du Brel. Quant à la troisième, elle abrite un chef d’œuvre, l’Agneau mystique, un retable polyptyque achevé en 1432 que l’on doit aux frères Hubert et Jan van Eyck et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Médiévale est assurément Gand, non sans que Jean-Louis Vandevoorde y voie « une architecture parfois revisitée par les élites de la Belle Epoque, dans le cadre de restauration, à l’instar des interventions de Violet le Duc par exemple ». « Nous contemplons le Moyen-Age à travers le regard de ces élites ». Dont acte.
Stadshal, Krook et le Street-Art
Gand sait il est vrai mixer les styles. Témoin, au pied même du beffroi du milieu du XIVe siècle, la Stadshal, une halle contemporaine (2012), à la structure du toit plus qu’originale et où verre, bois et béton jouent avec la lumière. Témoins encore les deux façades mitoyennes de l’Hôtel de ville tout proche sur la Hoogpoort combinant le style gothique flamboyant et la sobriété du style Renaissance italienne.

Des réalisations récentes confirment l’appétence de Gand pour l’architecture monumentale contemporaine. Sur une boucle de l’Escaut, la bibliothèque Krook en est une vibrante, sculpturale et conceptuelle illustration, le site épousant magnifiquement la courbe du fleuve.
Les amateurs de Street-art sont tout autant comblés. La ville soutient en effet cet art urbain, en offrant des zones libres de création, telle la Werregarenstraatje, une ruelle piétonne du centre. Plus de 300 sites sont ainsi répertoriés sur une brochure Visitgent et un site internet dédiés à ce mouvement artistique, tel celui de Dock Noord, au bord du port intérieur et des anciens docks reliés à l’Escaut.

Vive « les bonnets de curé » !
Parmi ces nombreux attraits d’un City Trip à Gand, n’oublions surtout pas la gente humaine. Plutôt sociable, elle s’exprime notamment le jour de marché sur la bien nommée place Vrijdagmarkt ou Marché du vendredi. Bigarrée, à la mixité sociale assumée, elle rassemble les Gantois de toujours, les immigrés plus récents, des enfants des écoles en file indienne, des personnes âgées sur des fauteuils roulants poussés par des auxiliaires de vie bienveillantes. Au pied de la statue de Jacob van Artevelde, dit le Sage de Gand, maître de 1338 à 1345 et figure historique de la ville, les échoppes rivalisent de bon mots, d’échanges criards, de couleurs, de saveurs… Les produits frais ont la part belle : fromages, jambon, pains, poissons, fruits et légumes, sans oublier les fameux cuberdons gantois, des bonbons aux couleurs vives en forme de cône, appelés aussi « bonnets de curé » !

Est-ce un hasard ? Dominant la place vivante, Ons Huis, la Maison du Peuple, un bâtiment au style Art Nouveau un rien éclectique, rappelle l’importance de ce que fut le mouvement ouvrier et social au XIXe siècle. Participent enfin à ces animations vivantes les rues commerçantes du centre, telles Langemunt, Onderbergen, connue pour ses magasins vintage, et surtout Veldstraat, la grande rue piétonne et ses boutiques de mode, où se croisent Gantois, touristes, étudiants et musiciens de rue, et dont le seul nom de Rue des champs, évoque le passé rural de la cité flamande et ses métamorphoses souvent flamboyantes.
Coup de cœur
Le Hal 16, un dock branché

A Gand les cafés, bars, restaurants, frituurs, tavernes… ne manquent pas. La jeunesse étudiante, les visiteurs d’un jour et les Gantois aiment s’y retrouver. Dans cet éventail très ouvert de rendez-vous festifs, le Hal 16 compte assurément. D’abord parce qu’il vous oblige à délaisser pour un temps la ville historique, ensuite parce qu’il vous plonge dans un de ces nouveaux quartiers conviviaux qui, dans le monde, transforment les docks industriels d’hier en lieux de plaisir. Le cas à Gand au Dok Noord, à une petite demi-heure à pied du Château des comtes. Trois associés il y a huit ans ont créé ici un Hotspot où barbecue - réellement d’exception - burgers, Street Food et autres plats végétariens, ainsi que pizzas toscanes et cuisine italienne, trouvent volontiers amateurs, le tout arrosé d’une des trentaines de bières brassées dans la place et fraichement sorties du fût, entre autres bières belges et étrangères. La micro-brasserie Dok Brewing Company a conduit ici nombre d’expérimentations savoureuses, à en juger aux 300 bières artisanales déjà concoctées par Janos de Baets, le maître brasseur des lieux, en ces quelques années d’existence. Une visite de la brasserie, avec dégustation de bières, est possible sur demande. Dans ce lieu devenu incontournable pour les amateurs de bières et de gastronomie, le décor participe à l’atmosphère chaleureuse, où s’exprime la mémoire industrielle. Matériaux bruts et décoration soignée s’y allient parfaitement. Bonne humeur et détente garanties !
Citytrip à Gand, la perle de la Flandre, cité médiévale, culturelle et écologique

Le Château des Comtes dans un centre historique préservée des voitures 
Le marché du vendredi, avec en arrière-plan Ons Huis, la Maison du Peuple 
Le Rabot, "porte d'eau" (1491) au bout du canal Lieve 
Balade historique sur le quai de la grue 
L'Histoire à façade ouverte 
Au marché du vendredi 
L'ancienne Poste 
Boutique d'un autre âge, ou intemporelle! 
La Bibliothèque Krook. Photo Anne-Laure Marioton 
La rue piétonne Langemunt 
Contraste de façade 
Le Manneke Pis gantois et ses acolytes Lena et Luna 
Les vestiges d'une ancienne usine en coeur de ville 
Gand au fil de l'eau 
La Halle Municipale contemporaine au pied du beffroi 
Le beffroi de Gand et la Halle aux draps 
Werregarenstraatje, la ruelle des graffitis 
Dok Noord 
Hal 16 à Dok Noord, la terrasse 
Hal 16. Préparatifs festifs!
Un reportage de Claude Vautrin