En Suisse, le pays des trois lacs dessine une escale pleine de charme

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A l’Est de l’arc jurassien, la région suisse des trois lacs de Neuchâtel, Morat et Bienne, est une terre de contrastes et de pleine nature aux paysages romantiques. C’est aussi un territoire riche d’un passé qui a façonné la Suisse d’aujourd’hui. Découverte point par point.

Avenches, la romaine

L'amphithéâtre d'Avenches.
L'amphithéâtre d'Avenches.

Fondée deux siècles avant notre ère, Avenches a été choisie par les Romains pour être la capitale de l’Helvétie, en raison notamment de sa situation géographique au carrefour de plusieurs voies importantes. A son apogée au IIe siècle, « Aventicum » comptait près de 20 000 habitants.

C’était une ville très importante à l’époque, dont il reste quelques vestiges : un théâtre en cours de restauration, des thermes, mais aussi un imposant amphithéâtre de 16 000 places assez bien conservé où était organisé des combats de gladiateurs.

Dès la fin du IIIe siècle, la ville connaît d’importants troubles politiques et économiques notamment en raison de fortes tensions avec les peuples germaniques voisins. Nombre de bâtiments de l’époque romaine sont alors démantelés pour bâtir des fortifications. La ville va ensuite progressivement tomber dans l’oubli jusqu’au XIIIe siècle. A ce jour, un quart à peine de la cité a été fouillé, c’est dire si son sous-sol recèle encore de nombreux trésors. Un musée installé dans une ancienne tour du XIe siècle dominant les arènes donne à voir les pièces mises à jour lors de fouilles archéologiques. On peut y voir le célèbre buste en or de Marc Aurèle retrouvé en 1939 dans les égouts d’un sanctuaire, des bijoux, de la vaisselle, des outils, des mosaïques, mais aussi des statues, des stèles funéraires et des bas-reliefs dont un remarquable, représentant la louve allaitant Romulus et Remus. Avenches est aussi la capitale helvétique du cheval. A ce titre la ville abrite un haras national consacré en grande partie à la race Franches-Montagnes, cousine du cheval comtois. Le haras se visite librement tous les jours. Plus de renseignements sur www.avenches.ch


Les jolis crûs du Vully

Christophe Derron, vigneron à Môtier-Vully (lire également dans le guide pratique)
Christophe Derron, vigneron à Môtier-Vully (lire également dans le guide pratique)

Il existe pas moins de quatre AOC viticoles dans la région des trois lacs : Bonvillars, Neuchâtel, Bienne mais aussi Vully, surnommée la petite Riviera. Cette dernière est la plus petite des appellations de Suisse. Elle regroupe 152 hectares de vignes bien exposés sur les coteaux du mont Vully, situé à cheval sur les cantons de Berne et de Fribourg. La vigne plantée sur des sols riches en calcaire plongent jusqu’au pied du lac de Morat, un complice efficace qui protège du gel et régule la chaleur. Vully est réputé pour son chasselas, un vin banc délicat et fruité et son pinot noir, léger et peu tanique. Les vignerons du Vully cultivent bien d’autres cépages : le gamaret et le divico, typiquement suisse. Mais pas que. Au bénéfice du dérèglement climatique, le vignoble s’enrichit d’autres variétés et évolue vers des vins plus structurés. Ces dernières années, des vignerons ont planté du merlot, du cabernet, du malbec qu’ils élèvent en barrique.

L’abbatiale de Payerne, un lieu cultuel devenu culturel

L’imposante abbatiale bénédictine construite au XIe siècle est un joyau. L’édifice est haut, épuré, lumineux. Tout le contraire de ce que propose habituellement l’art roman. Il fait partie d’un ensemble monastique jadis rattaché à celui de Cluny, puis fermé à l’arrivée des protestants en 1536. Il a ensuite successivement été transformé en fonderie de cloche, en caserne, en prison et en salle de gymnastique. En 1920, l’édifice menaçant de s’effondrer, il a fallu percer les piliers de haut en bas et les faire porter par des câbles fixés à douze mètres sous terre, pour les redresser. Mais ce n’est qu’à partir de 1963, que l’abbatiale a vraiment été restaurée pour devenir un lieu culturel. A voir les peintures remarquablement conservées dans l’avent nef. La plus ancienne représentant le Christ, Marie et Jean-Baptiste date du XIe siècle. Celle de la chapelle de Gailly, datée du XVe siècle n’est pas mal non plus. Un petit musée est accessible depuis l’abbatiale par un escalier dérobé. Des toiles d’Aimée Rapin y sont exposées. Née sans bras, cet artiste non dénué de talent a peint plus de 4000 œuvres avec le pied ! Précisons que l’abbatiale accueille tout au long de l’année des expositions et des concerts. Plus de renseignements sur www.abbatiale-payerne.ch

La Grande Cariçaie, un marais pour la biodiversité

Ce marais lacustre est classé en réserve naturelle sur 3000 ha et s’étend sur une quarantaine de kilomètres au sud et à l’est du lac de Neuchâtel. Ce milieu humide abrite à lui seul 800 espèces végétales et 10 000 espèces animales, soit un quart de la faune et de la flore suisse. Grèves sableuses, marais, roselières, herbiers, forêts alluviales de pins ou d’aulnes, de peupliers ou de chênes pédonculés constituent l’essentiel de ce milieu riche d’une biodiversité remarquable. C’est le paradis des oiseaux, des batraciens, des castors et des orchidées. On peut y entendre le chant du rossignol dans les branchages des saules cendrés et y observer des plantes carnivores dévorer des insectes. De grand rassemblement d’oiseaux d’eau s’y tiennent chaque hiver. La Grande Cariçaie se visite à pied ou à vélo. Une cinquantaine de kilomètres de sentiers la sillonnent. Ici et là, des tours paysagères, des observatoires sont aménagés pour mieux vous immerger dans cette nature unique. En complément, ne manquez pas de visiter le centre nature de La Sauge à Cudrefin ou celui de Champ-Pitet à Yverdon-les-Bains, situés aux deux extrémités de la réserve. Plus de renseignements sur www.grande-caricaie.ch

Morat, l’héritage d’une bataille

Le 22 juin 1476 constitue une date historique pour la Suisse. A Morat, après une effroyable bataille, les confédérés et leurs alliés terrassent les troupes de Charles le Téméraire, entrainant la faillite du puissant duché de Bourgogne. Dès lors, l’ancienne propriété des ducs de Savoie est administrée pendant trois siècles en alternance tous les 5 ans par les Bernois (alémaniques et protestants) et les Fribourgeois (francophones et catholiques). Ce qui a fait de cette petite ville un carrefour culturel et linguistique, mais aussi un haut lieu du tourisme. Car Morat a eu la chance d’être grandement préservée. Ces remparts reliés par douze tours de garde sont en grande partie intactes, tout comme le château savoyard du XIIIe siècle et les portes d’entrée de la cité. A l’intérieur de cette enceinte aux ruelles pavées, les fontaines et les maisons aux façades baroques et gothique dessinent une escale pleine de charmes. Le musée, abrité dans un ancien moulin retrace la bataille de Morat.

Le potager de la Suisse

Longtemps, la région située au nord de Morat et du lac de Neuchâtel et englobant un large territoire à l’est du lac de Bienne a été une zone de marais et de tourbières, dont les abords étaient régulièrement la proie aux inondations. Pour mieux réguler les eaux de ce territoire, deux grands canaux ont été construits au XIXe et au XXe siècle entre les trois lacs. Ce qui a permis d’assécher cette région fertile, devenue depuis le potager de la Suisse. On produit dans cette plaine du Seeland des fruits autant que des légumes. De nombreuses exploitations proposent des visites.

Estavayer-le-lac, une touche brésilienne

Le château de Chenaux à Estavayer-le-Lac.
Le château de Chenaux à Estavayer-le-Lac.

Village lacustre il y a 10 000 ans, Estavayer-le-lac idéalement positionné au sud du lac de Neuchâtel est aujourd’hui un agréable port de plaisance réputé pour la beauté de ses plages. La cité de la rose, fondée au Moyen Age autour du château de Chenaux, aujourd’hui occupée par plusieurs administrations conserve un cachet et une authenticité certaine, avec ses ruelles pavées sinueuses, ses maisons anciennes bordées d’arcades, ses fontaines. C’est ici qu’en 1818, partir près de 300 de familles de la région pour aller fonder Nova Friburgo au Brésil. Cette histoire et bien d’autres sont contées tout au long d’une visite libre qui se fait grâce aux nombreux QR code disséminés dans la ville, sur des panneaux. Il y a juste à les scanner et votre téléphone devient votre audio guide. A noter que la cité propose également un itinéraire d’art urbain : des peintures, des gravures laissées sur des pans de mur, lors du festival Artichoc qui se déroule tous les deux ans.

Des grenouilles humanisées

Le musée d’Estavayer-le-lac aménagé dans une ancienne demeure seigneuriale du XVe siècle est un joyeux bric-à-brac, conçu comme un cabinet de curiosité. Il regroupe des tableaux du XIXe siècle, d’autres plus contemporains, des outils du néolithique, des armes, des clés…. Mais on y vient surtout pour sa collection de grenouilles naturalisées, œuvres de François Perrier, un ancien militaire qui s’est passionné pour la taxidermie anthropomorphique au milieu du XIXe siècle. 108 grenouilles remplies de sable sont ainsi humanisées et mises en scène. Il y a des grenouilles soldats ou musiciennes, d’autres qui jouent au billard ou aux cartes. Autant de saynètes cocasses qui font tomber non sans humour les frontières entre l’homme et l’animal.

Désalpe et bénichon,

quand la tradition a du bon

Dans le canton de Fribourg, la désalpe et la bénichon sont deux fêtes traditionnelles incontournables qui se déroulent entre la fin de l’été et le début de l’automne. Estavayer-le-Lac est la première commune à commémorer l’évènement en août. La désalpe marque le retour des troupeaux dans la vallée après quatre mois passés dans les alpages.Pour l’événement, les vaches arborent leurs cloches de bronze autour du cou et portent sur le front une branche de sapin décorée de fleurs en papier multicolore. Les armailli (littéralement les vachers, en patois fribourgeois) portent le brezon, un pantalon noir, une chemise bleue délavée parsemée de petits edelweiss brodés. À l’arrière, le cortège est fermé par un chariot tiré par deux mulets qui transportent le chaudron en cuivre servant à la production du gruyère, ce fromage d’alpage exceptionnel, resté très artisanal, fabriqué et affiné dans les fermes d’altitude, durant l’estive.

Ce retour du troupeau et de la fin des récoltes, c’est aussi le temps des retrouvailles et de « la bénichon ». Une fête toute aussi importante que Noël. C’est Thanksgiving version suisse. Difficile d’y échapper. Les familles fabriquent l’essentiel d’un repas gargantuesque censé préparer le corps au froid à venir. Les hostilités débutent avec des tartines de cuchaule (une brioche safranée) recouverte d’une moutarde sucrée, infusée dans un savant mélange de cannelle, d’anis et de jus de poire. S’ensuit une soupe au chou et au bœuf, du jambon à l’os, du lard, un plat de gigot d’agneau agrémenté de haricots, de purée et de poire à botzi. Et pour finir, des meringues à la crème double, des pains d’anis et des bricelets. Après ça, il faut bien quelques danses traditionnelles pour ne pas sombrer, flapis dans une digestion étourdie.

Coup de cœur

Plongeon dans la vie tropicale

A deux pas du lac de Neufchâtel, le Papiliorama montre différentes facettes de la vie animale et végétale des forêts tropicales.

Les papillons virevoltent autour des visiteurs qui déambulent. Sous ce dôme de 1200 m2, ils sont plus d’un millier à dérouler un ballet enchanteur parmi une mer colorée de fleurs à nectar, coiffé par des frangipaniers, des papayers et autres bananiers.

Dans cette ambiance résolument tropicale, zen et reposante, on peut observer des spécimens de toutes les couleurs, de formes et de tailles variables comme cet Atlas de 25 centimètres d’envergure, réputé comme étant « le plus gros papillon du monde ». Et ce spectacle est « sans cesse changeant, puisque la durée de vie d’un papillon varie de 3 à 45 jours » observe-ton au Papiliorama.

Chaque année, près de 270 000 personnes visitent ce site, né de l’imagination d’un biologiste néerlandais, Maarten Bijleveld, fondé en 1988 et déménagé depuis 2003 à Kerzers, entre les lacs de Bienne et de Neufchâtel. Avant d’être un jardin zoologique, avec ses expositions et ses animations multiples, le Papillorama est une fondation dont la vocation est de sensibiliser le public au sort des forêts tropicales et de la biodiversité. C’est pourquoi elle agît aussi concrètement sur le terrain en gérant une forêt de 235 km2 au Belize, en Amérique Centrale.

Aussi la sphère à papillon n’est-elle pasle seul outil de sensibilisation développé par la fondation sur son site de Kerzers. Elle dispose également de plusieurs autres attractivités. A commencer par la reconstitution d’une forêt du Belize avec ses mangroves, ses cénotes et quelques animaux que l’on découvre depuis le sol, mais aussi via un pont panoramique qui culmine à 7 mètres de hauteur. Mais le site le plus étonnant reste assurément le Nocturama, réservé aux espèces nocturnes. Ici le toit translucide du dôme filtre la lumière du jour de façon à lui donner l’intensité d’un clair de lune.

Le long des sentiers, on découvre des paresseux, des coendous, des tatous, des singes de nuit, sans oublier le ballet incessant des chauves-souris carollia qui volent en totale liberté. Autant d’animaux élevés dans le cadre de programmes de reproduction européens qui apportent une contribution précieuse à la protection de nombreuses espèces animales en captivité et qui participent également à des réintroductions en milieu naturel.

Le Papiliorama de Kerzers est ouvert tous les jours, sauf le 25 décembre et le 1er janvier de 9 h à 18 h, en été et de 10 h à 17 h en hiver. Pour plus de renseignements, voir le site de la fondation www.papiliorama.ch