Nature, saveurs et traditions dans le Haut-Jura, sur le plateau de Grandvaux

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Au cœur du Parc naturel régional du Haut-Jura, le Grandvaux dessine entre 900 et 1000 mètres d’altitude une mosaïque de hameaux, de forêts, de lacs, de tourbières et de prairies d’altitude. Ce territoire a du caractère, cultive de belles traditions pastorales et forestières.
Idéal pour un week-end de saveurs et de détente.

Outre ses crêts et ses sommets, le Haut-Jura s’offre aussi, on le sait, sur des plateaux. Celui de Grandvaux mérite le détour, voire le séjour. Ses paysages lui donnent, dit-on, un air de « petite Scandinavie jurassienne ». Ils sont à coup sûr le cadre de savoir-faire toujours vivants. Les environs regorgent de sites de découverte. Telle Saint-Claude, toujours fidèle à la pipe et au diamant.

La Combe de Grandvaux et le lac de l'Abbaye. Vue depuis le belvédère du Moulin
La Combe de Grandvaux et le lac de l'Abbaye. Vue depuis le belvédère du Moulin

Couvrant 70% du territoire, la forêt est reine. De belles prairies naturelles, propices à l’élevage, agrémentent la gamme des verts. Avec ses lacs, ses cascades, ses rivières, l’eau, source de vie, sculpte volontiers la roche. Au cœur du parc naturel régional du Haut-Jura qui s’étend sur près de 178 000 hectares, dont les deux tiers au-dessus de 800 mètres d’altitude, l’étape de Grande-Rivière Château, dans le Grandvaux, concentre cette mosaïque de milieux naturels, associant de belles forêts lumineuses, des paysages ouverts et des milieux humides.

Nulle rivière en fait, mais un lac glaciaire, dénommé lac de l’Abbaye, en souvenir sans doute des moines défricheurs qui s’y installèrent dès le VIe siècle. Les religieux valorisent ce territoire alors sauvage, situé à 900 mètres d’altitude entre deux massifs forestiers dans une plaine au climat rude. Pas le temps a priori pour eux d’apprécier la douceur qui s’en dégage aujourd’hui. D’autant moins que, devenu abbaye en 1172, le site est l’objet de convoitises qui vont perdurer quelques siècles durant. La Révolution de 1789 met fin à ces rivalités d’alors entre ordres monastiques, seigneuries locales, le tout sous le regard cardinal de la papauté.

A Grande-Rivière, l'église de l'Abbaye et son dôme à l'impériale
A Grande-Rivière, l'église de l'Abbaye et son dôme à l'impériale

Les rouliers de Grandvaux

Le monastère médiéval fortifié de jadis s’est métamorphosé en une église au solide clocher dont le dôme à l’impériale se reflète dans les eaux limpides du lac. A ses pieds, une statue en bois rend hommage aux rouliers de Grandvaux. Partant l’hiver jusqu’à la fin du XIXe siècle, sur les routes de France et d’Europe, un gourdin en main, le « chaton », pour éloigner tout mauvais coucheur, ils manœuvraient leurs charrettes remplies de matières premières et de produits du pays : pains de sel, bois, fromage, tonneaux, pipes de Saint-Claude, lunetterie de Morez…

Dans le Grandvaux, d’autres mouvements se font jour aujourd’hui, fruit de métiers liés à la forêt et au travail du bois, à l’élevage et à la transformation laitière, au tourisme vert et hivernal. Autant d’activités qui participent désormais à la vitalité locale et qu’illustrent de magnifiques grumes empilées soigneusement au bord d’un chemin forestier, les effluves émanant d’une fruitière fromagère concoctant les fameux Comté et Morbier ou encore les nombreux services dédiés aux touristes. La randonnée est ici autant pédestre, équestre qu’à vélo, voire, l’hiver, à ski. Quant aux curiosités et atouts naturels, il ne manque pas.

Reculées, cascades et canyon

 Non loin de là on peut se perdre dans les bois, dès la fonte des neiges et non sans volupté, à la recherche de morilles, la reine des champignons jurassiens. En cette période, les cascades se font belles. La région n’est pas en reste. Citons à Ménétrux-en-Joux, à une demi-heure de route, les renommées cascades du Hérisson, ou encore le Saut Girard à Bonlieu et plus au sud, la cascade des Combes, proche de Saint-Claude ou celle de la Vouivre.

Autre paysage, autre curiosité naturelle. Cette fois entre Morez et Saint-Claude, la Bienne, née à près de 1100 mètres d’altitude, trace sa voie à travers d’impressionnantes gorges au dénivelé de 500 mètres qui prennent volontiers les allures de canyon. Saisissant, comme le sont souvent les paysages jurassiens. Après l’incontournable, riante et viticole étape d’Arbois, porte d’entrée des plateaux jurassiens, le ton est donné, avec la découverte grandiose du cirque du fer à cheval et de la Reculée des Planches, façonnée par l’érosion calcaire.

A l'approche de Champagnole, la Reculée des Planches et le cirque du fer à cheval
A l'approche de Champagnole, la Reculée des Planches et le cirque du fer à cheval

Saint-Claude, patron des tourneurs sur bois

Des villes ont su tirer profit industriel de la force hydraulique. Telle Saint-Claude, bâtie, elle aussi, au fond d'une vallée encaissée profonde de plus de 450 m, à la confluence entre la Bienne et le Tacon. Des moines furent là aussi à l’origine d’une histoire dédiée à l’un des leurs devenu évêque de Besançon au VIIe siècle et dont le corps découvert « incorrompu » cinq siècles plus tard, fit de la cité un lieu renommé de pèlerinage. Devenu saint, Claude fut reconnu comme « patron des tourneurs sur bois », une activité appréciée dans ce Haut-Jura.

La cathédrale Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-André à Saint-Claude
La cathédrale Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-André à Saint-Claude

La capitale de la pipe

 Prémices de la réputation d’une bourgade, labellisée « Ville et Métiers d’art », qui allait assumer d’autres vocations artisanales, s’imposant plus tard comme « capitale de la pipe »… de bruyère, un savoir-faire plus que centenaire, comme l’est celui, plus inédit encore, de la taille des diamants et des pierres de couleurs. La découverte des gisements diamantifères d’Afrique australe à la fin des années 1860 dopa en effet une filière qui sut user de la précision de la main d’œuvre locale. Riche entre autres d’une impressionnante collection de tabatières, un intéressant musée est ainsi dédié à ces deux activités, à l’ombre de la blanche Cathédrale Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-André. Des reliques du saint-patron y reposent.

Chez le tourneur sur corne

Les pipiers, beaucoup moins nombreux qu’au vingtième siècle, ont en tout cas toujours pignon au centre-ville sur la rue du Marché, que voisine, au n°4, le dernier héritier des tourneurs sur corne, un art tout aussi typique du Haut-Jura. Démonstrations à l’appui, Emmanuel Michaud prend à l’évidence plaisir à conter l’histoire d’un atelier créé en 1934, le dernier désormais en activité, et la passion familiale pour « cet art transmis de génération en génération, ainsi préservé et enrichi ». Un bon moment à passer qui peut se doubler par la visite du musée de la tournerie familiale localisée à 9 kilomètres de là à Lavans-les-Saint-Claude.

Relève de la garde avec la générale chèvre à l'Ermitage des Frasses à Grande-Rivière
Relève de la garde avec la générale chèvre à l'Ermitage des Frasses à Grande-Rivière

Des paysages qui nourrissent les goûts

En un week-end de découverte, il est ainsi possible de s’imprégner avec bonheur de l’identité jurassienne, de ses talents humains et de ses atouts naturels. Une certitude, l’overdose de paysages qui nourrissent les goûts ne laisse jamais sur la faim. Les plaisirs gustatifs s’invitent. Le partage d’un Savagnin d’Arbois, la « star vinicole du Jura », aux notes complexes de fumé, de noix et de fruits confits, ou d’un Trousseau à la robe rubis éclatante, venu tout droit de Pupillin, confirment. Comme celui d’un suprême de poulet aux morilles et au vin jaune, d’une assiette de pommes de terre au Morbier et au lard, ou de cuisses de grenouille au vin jaune. Sans oublier, « cerise ! » sur le gâteau, un Flocon du Haut-Jura aux framboises sauvages. Un vrai régal !

Coup de cœur

L'Ermitage des Frasses à Grande-Rivière
L'Ermitage des Frasses à Grande-Rivière

L’ermitage des Frasses en Haut

Dans le Haut-Jura, le mot frasse signifie cassure ou coupe de bois. A la vue des forêts et des prairies qui l’entourent, l’Ermitage des Frasses fut le cadre de méditation, autant que de saines occupations. A mille mètres d’altitude, à l’écart de Grande-Rivière Château, le site est sublime, ouvrant à l’horizon sur les reliefs sommitaux du haut-Jura et de l’Ain encore enneigés en ce début de printemps. Les arrondis du Crêt de la Neige, du Colomby de Gex, du Grand Montrond résonnent comme un appel à la randonnée. Les environs immédiats du gîte d’étape et de séjour, nanti entre autres de onze chambres colorées, d’un appartement, d’une cuisine, de salle et salon et d’une… chapelle, le sont tout autant. On peut de là rejoindre à travers la forêt le belvédère du Moulin et sa vue imprenable sur le lac de l’Abbaye et la Combe de Grandvaux, voire en prime s’offrir le Tour du Lac en une balade d’environ 12 kms pour un dénivelé de 275 mètres. Sur les belles prairies d’altitude, de magnifiques vaches Montbéliardes s’activent tranquillement sous le regard attentif d’une chèvre visiblement maîtresse des lieux. Déjà le parfum d’un Comté acquis à la fruitière locale titille les papilles ! Le plaisir naît aussi d’autres quêtes bien vivantes : celle du lynx boréal qui a pris ses aises dans le Haut-Jura, d’un cerf élaphe, voire d’un rare grand tétras ou d’un plus délicat héron cendré. Mais chut ! La tranquillité est à partager et à respecter avant tout. En cela l’ermitage des Frasses offre de belles opportunités.