La ViaRhôna, suivre le Rhône à vélo, du Léman jusqu’à la Méditerranée

Dernière édition :

Sur plus de 800 kilomètres, cet itinéraire emblématique déroule son ruban entre montagnes, vignobles et paysages baignés de lumière, reliant Saint-Gingolph, à la frontière suisse, à Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Ici, le fleuve guide les voyageurs au fil de ses méandres. Certains relèvent le défi de le suivre dans son ensemble tandis que d’autres préfèrent savourer l’aventure par étapes, s’arrêtant au gré des villages, des panoramas et des trésors qui jalonnent ce parcours d’exception.

À l’exception de ses premiers kilomètres, la ViaRhôna se révèle vraiment accessible : un parcours majoritairement plat, pensé pour séduire aussi bien les cyclistes aguerris que les amateurs en quête d’évasion douce. Tout au long du tracé, chacun peut avancer à son rythme, choisir des étapes modulables et profiter des paysages qui invitent à la pause.

D'innombrables ponts permettent de traverser le Rhône.
D'innombrables ponts permettent de traverser le Rhône.

Nous avons choisi de rejoindre la ViaRhôna à Vienne pour aller jusqu'à Avignon ; cinq étapes pour parcourir 185 kilomètres avec des pauses pour visiter le pays — un format idéal, même pour des seniors peu sportifs comme nous ! Avec le Rhône comme fil conducteur, nous traversons Condrieu, Tain, Tournon, Valence, La Voulte-sur-Rhône, Baix, Cruas, Rochemaure, Montélimar, Viviers, Mornas… avant d’imaginer, déjà, quelques pas de danse sur le célèbre pont de la cité des Papes.

« Mon Rhône, mon fleuve à moi, calme et puissant ; beau de tout mon pays qu’il reflète en passant. » Ces mots du poète André Rivoire résonnent particulièrement à Vienne, point de départ idéal de cette échappée. La ville séduit d’emblée par son patrimoine antique remarquable : temple romain, théâtre gallo-romain, cathédrale Saint-Maurice, jardins archéologiques et l’impressionnant musée gallo-romain sur l’autre rive du fleuve… Depuis les hauteurs du mont Pipet, le panorama s’ouvre sur les vignobles prestigieux de la vallée du Rhône et sur le fleuve, majestueux. Une première nuit sur place s’impose, le temps de s’imprégner de l’atmosphère avant de prendre la route.

Premiers coups de pédale : 45 kilomètres ponctués de plusieurs haltes. A commencer, ce qui n’est évidemment pas très sérieux, par une dégustation chez un vigneron. Mais comment résister…
Nous nous arrêtons à l’île du Beurre, refuge d’une nature encore sauvage, puis à la base de loisirs de Saint-Pierre-de-Bœuf, et enfin à l’étonnant musée des mariniers et de la batellerie du Rhône à Serrières. L’ancienne église Saint-Sornin, monument classé du 15e siècle avec son impressionnante charpente et ses fresques, abrite des objets, maquettes et témoignages qui racontent l’histoire du Rhône et la vie des mariniers.

Le lendemain, changement d’ambiance : la pluie s’invite. Tête dans le guidon, les paysages défilent sans que l’on puisse vraiment en profiter… jusqu’à Tain-l’Hermitage, où une escale au musée du Chocolat vient réchauffer les esprits. Trempés mais réconfortés, nous optons pour une parenthèse ferroviaire jusqu’à Valence — une autre façon de voyager sur la ViaRhôna.

Valence vaudrait une halte plus longue que notre visite rapide. L’ancienne cité gallo-romaine et actuelle préfecture de la Drôme, séduit avec sa douce ambiance du Sud, son patrimoine. On aime flâner dans les ruelles de le vieille ville, s’attarder sur les vastes places pour goûter l’une ou l’autre spécialité culinaire.

L’itinéraire ne cesse de surprendre. Tantôt industrieux, tantôt bucolique, il déroule une mosaïque de paysages et d’ambiances. Sur le fleuve, les péniches passent par d’imposantes écluses, tandis que les bras plus calmes invitent aux loisirs nautiques. Au fil des kilomètres, la végétation évolue : vergers de kiwis, figuiers, pommiers… puis les premiers champs de lavande, annonçant déjà le Sud.

Sur les hauteurs, abbayes et châteaux forts veillent. Les villages de caractère jalonnent le parcours : Beauchastel à la confluence du Rhône et de l’Eyrieux, Cruas et son abbatiale, Rochemaure et son décor médiéval, ou encore Mornas dominé par sa forteresse. D’un pont à l’autre – et ils sont nombreux -, nous passons sans cesse de l’Ardèche à la Drôme.

À Montélimar, halte gourmande incontournable : nougat, bien sûr, mais aussi château et balade artistique dans les ruelles ensoleillées.
Puis vient enfin Avignon. Nous ne danserons pas sur le pont… mais traversons le Rhône à bord d’un bac gratuit pour rejoindre la célèbre cité des Papes. À la gare, le loueur récupère les vélos et nous prenons le train du retour pour regagner Vienne. L’aventure s’achève, paisible et riche — une semaine au fil du Rhône, entre nature, culture et plaisirs simples.

Coup de cœur

Valence, douce escale au pays des amoureux de Peynet

Il suffit de poser le pied à Valence pour comprendre que les Romains ne s’y étaient pas trompés. Dès 121 avant notre ère, ils choisissent ce point stratégique, au croisement des grandes voies antiques. Aujourd’hui encore, la ville cultive cet art d’être au bon endroit : nichée entre le Vercors et la Provence, entourée de vignobles et de champs de lavande, longée par le Rhône et desservie par la ligne TGV Paris-Marseille, elle se laisse approcher avec une facilité déconcertante.

Au bout de l’Esplanade du Champ de Mars, un charmant kiosque attire irrésistiblement le regard. Face aux collines de l’Ardèche et aux ruines du château de Crussol, il semble suspendu dans le temps. Ce kiosque à musique, construit en 1862, doit sa renommée à une scène aussi simple que poétique. En 1942, le dessinateur Raymond Peynet, de passage à Valence, y aperçoit un violoniste solitaire et une jeune femme captivée par la mélodie. D’un coup de crayon naissent alors les célèbres amoureux de Peynet. Depuis, un cœur discret veille sur les lieux, comme pour prolonger cette parenthèse romantique.

Le centre-ville, lui, se découvre au rythme d’une flânerie inspirée. Du Moyen Âge au XIXe siècle, les façades racontent une histoire plurielle où chaque époque trouve naturellement sa place. Ici, une sculpture contemporaine dialogue avec une pierre ancienne ; là, une ruelle pavée débouche sur une place animée. L’ensemble compose une atmosphère vivante, élégante, jamais figée.

Valence a aussi vu passer de grandes figures : Napoléon Bonaparte y fut cadet, tandis que Charles Aznavour, attaché à la ville, y revenait régulièrement. Un square, face au centre arménien, perpétue aujourd’hui son souvenir.

Au fil de la promenade, les trésors se dévoilent : la cathédrale Saint-Apollinaire et ses précieuses reliques, la fascinante Maison des Têtes, la majestueuse fontaine d’Eugène Poitoux, ou encore le centre d’interprétation du patrimoine arménien. Autant d’étapes qui ponctuent la visite avec élégance.

Et puis, il y a ces instants suspendus dans les ruelles : une boutique pleine de charme, un bistrot accueillant, une terrasse où l’on s’attarde. Valence se savoure autant qu’elle se visite. Les amateurs de gastronomie y trouvent d’ailleurs une adresse d’exception : le restaurant Pic, triplement étoilé, où Anne-Sophie Pic sublime les produits avec une créativité remarquable.

Enfin, pour prolonger la douceur, rien de tel qu’une échappée à vélo. En quittant la ville par le parc Jouvet, classé Jardin remarquable, on s’offre une dernière respiration au milieu de près de 700 espèces d’arbres et de fleurs, entre fontaines et allées ombragées. Une sortie tout en poésie, à l’image de Valence.