
A l’ombre du col du Gollet, Valmorel se déploie en petits hameaux, blottis en lisière de forêt. Ici, point de barres de béton et de constructions qui font tache dans le décor. Bâtie en 1976 par l’architecte urbaniste, Michel Bezançon, la station savoyarde a échappé à ces architectures, certes fonctionnelles, mais inadaptées aux espaces de pleine nature. Elle a été construite autour d'une rue principale piétonne, la rue du Bourg, bordée de commerces aux pittoresques enseignes, à un jet de boule de neige des deux télécabines qui partent à la conquête des sommets.
Alentour, les chalets sont de pierre et de bois, coiffés de toit en lauzes. Les hameaux sont garnis de mazots, de fours à pains, de fontaines et de croix oratoires.... Un petit patrimoine et une architecture qui incarnent l’esprit de la montagne, sans impact majeur sur les paysages. Tout est ici soigné, harmonieux, authentique, à échelle humaine.
De Joséphine Baker à Marcel Pagnol
Valmorel-les Avanchers est la première station à l’entrée de la vallée de la Tarentaise et la dernière créée de toutes pièces dans les Alpes françaises. Officiellement, c’était en 1976. Disons que cette date a marqué le début d’une nouvelle ère, plus ambitieuse, mais le ski s’est développé ici dès 1912, avec la création de l’union sportive avancheraine et l’organisation des premières compétitions. « A l’époque, on ne parlait guère de ski dans la région sans évoquer Les Avanchers. La station était avant-gardiste » indique Gérard Vorger, l’historien du cru.
Après la grande guerre, apparaissent les premiers centres de vacances, ainsi que l’hôtel Jay. Les Parisiens y séjournent. Ces dames sont dans la neige en chapeau et en longue robe ! On note parmi cette clientèle huppée, la chanteuse Joséphine Baker ou l’écrivain Marcel Pagnol. Mais il faut attendre la fin de la guerre suivante pour que soit installé le premier téléski. Ce sera en 1946, à côté du cimetière ! En 1962, place au téléski du rocher. Six ans plus tard, la commune prend les choses en main. Elle rachète les équipements existants et construit coup sur coup, trois autres téléskis. Les bases sont posées. En 1974, un syndicat intercommunal voit le jour pour créer Valmorel qui ouvre deux ans plus tard.
Des investissements constants depuis l’arrivée du Club Med
Depuis, la station nichée à 1400 mètres d’altitude a bien grandi. Elle a été reliée à Saint-François-Longchamp, sa voisine de Maurienne en 1984 pour constituer le Grand domaine, fort de 165 kms de pistes. Mais il faudra attendre 2011 et l’installation d’un Club Med 4 et 5 tridents de 1180 lits pour que Valmorel connaisse un nouvel élan. « Ça a été un véritable appel d’air qui a relancé l’enthousiasme » confirme Arnaud Fournier-Lambert, le directeur de l’ESF (Ecole de Ski Français). De nombreux investisseurs ont suivi. MGM notamment, mais aussi CGH ou encore le groupe grenoblois MV Résidence qui s’apprête à ouvrir en décembre 2026 une nouvelle entité de 350 lits.
Valmorel continue également de muscler son offre hôtelière avec l’ouverture annoncée pour 2027 d’un hôtel-boutique 5 étoiles de M Gallery, l’une des marques phares du groupe Accor. Mais cette construction de 90 chambres, située au-dessus du Club Med sera assurément l’un des derniers gros projets. La station n'étant pas extensible, les réserves foncières commencent à se faire rares. « Il n’y a que le hameau des Lanchettes qui dispose encore de quelques terrains. Des discussions sont d’ailleurs en cours pour y bâtir de nouvelles résidences » observe un fin connaisseur de la station. Ensuite, il faudra trouver d’autres voies pour augmenter la capacité d’accueil.
Lutter contre les lits froids qui pénalisent l’activité
Au total, la station regroupe un peu plus de 15 000 lits, mais seulement la moitié sont des lits chauds. Comprenez, des lits ouverts à la location, à l’inverse des lits froids qui sont souvent l'apanage des anciennes résidences de tourisme. Quand les baux arrivent à leur terme, les propriétaires, peu contraints par les charges cessent la location des logements nécessitant des travaux importants pour être maintenus sur la marché locatif. C’est un problème dans toutes les stations françaises que la municipalité des Avanchers a déjà tenté d’enrayer, en proposant des aides à la rénovation, mais le résultat n’a pas été à la hauteur des attentes. La commune a donc décidé d’appliquer une hausse de 50% de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires. Après le carotte, la collectivité s’attaque aux portes-monnaies des propriétaires pour les inciter à louer leurs biens.
En attendant, cette situation a au moins un avantage pour les skieurs : les pistes ne sont pas surfréquentées. « Une récente étude a d’ailleurs montré que la densité moyenne de skieurs par hectare était de 50 à Valmorel contre plus de 200 à Val d’Isère » souligne la directrice de l’office de tourisme, Shirley Tournier.
Domaine skiable : 50 millions d’euros investis en 10 ans
Coté ski, ça bouge dans la continuité. C’est un opérateur privé qui gère les remontées mécaniques, le même depuis 50 ans : DSV comme Domaine Skiable de Valmorel, une filiale du groupe laitier Sofival qui gère également les stations d’Avoriaz et de La Rosière.

« Au cours des dix dernières années, DSV a investi 50 millions d’euros sur la station » rappelle Shirley Tournier. Un engagement qui s’est traduit notamment par l’ouverture des télécabines de Planchamp et Pierrefort. Dès l’hiver prochain, une troisième télécabine devrait remplacer un télésiège et deux téléskis à Doucy.
Coté piste de ski, chacun peut trouver son bonheur à Valmorel, les débutants comme les skieurs confirmés. Les champs de neige s’élèvent jusqu’à 2550 m d’altitude dans le très alpestre massif de la Lauzière. Pour s’y rendre, il faut d’abord emprunter skis aux pieds « la route du tour de France », depuis le mythique col de la Madeleine. Une fois en haut, les skieurs confirmés ont le choix entre une piste rouge damée avec un joli dénivelé ou deux autres, rouge et noir non damées qui ont chacune le goût de l’aventure.
A l’autre bout du domaine, les pistes qui démarrent au sommet du Mottet offrent un dénivelé record de 1100 mètres à dévaler d’une traite. Autre point d’attrait : la Rave, un itinéraire hors-piste au départ du télésiège de la Lauzière qui vous mènera au pied du télésiège de la Madeleine. « C’est notre vallée blanche, une grande balade assez facile d’accès » résume Alexandre Canaleta, moniteur à Valmorel. Autre spot sauvage et moins fréquenté, la combe de l’Alouette, également accessible depuis le sommet du télésiège de la Lauzière. Dans les deux cas, ne pas s’embarquer si le risque d’avalanche est élevé, allez-y avec quelqu’un qui connaît ou avec un moniteur. Et munissez-vous d’un DVA (Détecteur des Victimes d’Avalanches).
Une exposition au nord qui garantit la conservation de la neige
Pour ceux qui sont moins hardis, on conseille le secteur de Bioléne avec plusieurs pistes bleues larges et faciles ou encore le secteur de Pierrefort. A faire également pour la beauté du paysage, la piste verte qui mène jusqu’à Doucy. Ajoutons, qu’il y a aussi plusieurs espaces dédiés au freeride, au boardercross, ainsi que quatre zones de glisse spécifiques pour les débutants.
Ouverte de la mi-décembre à la mi-avril, la station compense sa relative basse altitude à 1400 mètres avec une exposition plein nord qui lui garantit une meilleure conservation de la neige. Station skis aux pieds par excellence, Valmorel dispose en outre d’une offre après-ski assez riche (lire ci-contre) intégrant également un cinéma, une boite de nuit et bientôt un centre aqualudique avec piscine, spa, salle de sport… Cet équipement communal qui va apporter un vrai plus est attendu pour décembre 2026.
Cinquante ans après le lancement de la station de Valmorel, force est de constater la belle dynamique de ce territoire montagnard qui a su enrayer l’exode, tout en préservant une agriculture vivante. La population qui atteignait 450 habitants au début des années soixante-dix est remontée à 760 habitants, au même niveau qu’il y a un siècle.
MGM, l’excellence en plus
Le groupe MGM (Maurice Giraud Montagne) est un acteur reconnu de la construction de chalets et de résidences haut de gamme en Savoie et Haute Savoie. Fondé en 1963, le groupe basé à Annecy a d’abord été un constructeur avant de devenir un constructeur exploitant, à partir de 2016. C’est David Giraud, le fils du fondateur qui a engagé cette diversification. Depuis, MGM construit sous sa propre marque d’élégantes résidences de tourisme 4 et 5 étoiles dans des stations de ski alpines. Les appartements sont ensuite mis en vente. Les propriétaires peuvent se réserver au maximum 6 semaines d’occupation dans l’année. Le reste du temps MGM s’occupe de la gestion locative du bien pendant 9 ans, renouvelable 11 ans. Un investissement qui offre des avantages fiscaux aux propriétaires et qui connaît un certain succès. Ce qui a permis à MGM de construire et gérer en propre quelque13 résidences et 5 hôtels en moins de dix ans. Le groupe est notamment présent à Chamonix, la Plagne, Flaine, les Contamines, Samoëns, Les Houches, La Rosière, le Grand Bornand mais aussi Valmorel où il possède deux résidences : Anitéa ouverte en 2018 et la petite dernière, Akoya inaugurée en fin d’année 2024, en lieu et place d’un ancien parking communal, reconstruit sous la résidence. La particularité d’Akoya est d’être à la fois une résidence et un hôtel qui allient confort, service et élégance. « Nous avons 25 chambres en hôtel et 41 appartements abritant de 4 à 10 lits dans la résidence. L’accueil, le piano-bar sont commun aux deux structures, tout comme la salle de fitness et le spa de 800 m2 qui rassemble une imposante piscine, une pataugeoire pour les enfants, mais aussi jacuzzi, hammam, sauna et bain froid. Il y a également un espace massage qui fonctionne sur rendez-vous » énumère Floriane Poli, directrice de deux résidences MGM de Valmorel qui cumulent avec l’hôtel quelque 620 lits sur la station. Des équipements dotés d’un parking privé, de bornes électriques, d’un service de conciergerie, de casiers à skis avec sèche chaussures, mais aussi d’un service de petit déjeuner fonctionnant sur demande, dans une salle de restaurant déjà en place à Akoya. « A terme la volonté du groupe est de trouver un partenaire pour ouvrir le restaurant midi et soir » indique Floriane Poli en rappelant le positionnement central de ces deux résidences : à moins de 100 mètres de la télécabine de Planchamp et du cœur commercial de la station.
Reflet d’un certain art de vivre, les résidence MGM sont toutes de style chic-montagne, bâties avec des matières nobles (bois et pierre) et décorées avec du mobilier contemporain qui valorisent l’identité patrimoniale des deux Savoie. Réalisés par des compagnons du devoir qui partagent ce sens bien appris de l’excellence et de l’esthétisme au service de la fonctionnalité, les résidences MGM se veulent des lieux de déconnexion ouverts sur des panoramas d’exception. Le groupe qui ne cesse de grandir emploie désormais 188 salariés et pèse 80 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.
Coup de cœur
Arnaud Fournier-Lambert, l’homme quatre saisons

Avec sa belle gueule d’acteur de cinéma, Arnaud Fournier-Lambert est d’abord un amoureux de son territoire, heureux de vivre dans le sillage de ses aïeux. Il a grandi à l’ombre du massif de la Lauzière, dans une famille d’agriculteurs. Et très vite, le ski a été son autre école de vie. Au tableau noir, le gamin était aussi brillant que pour effacer les piquets des pentes enneigés. Devenu ingénieur, spécialiste des sols, il y a consacré trois petites années, avant de ressentir cet irrésistible appel des montagnes. « L’annonce de l’arrivée du Club Med à Valmorel a été déterminante dans mon choix d’un retour au pays. Je me suis dit que ça allait transformer la station et attirer d’autres investisseurs » explique-t-il. En 2010, il saute le pas, renonce à un salaire confortable et fait le choix de la liberté. Sur un terrain familial, avec le soutien d’un copain menuisier il construit sa maison en bois, un peu à l’écart de la station. Dans le prolongement, il ouvre une petite ferme pédagogique avec moutons, chèvres, poules et lapins, puis crée Valmo’bourricot qui propose aux beaux jours des balades en autonomie d’une heure ou de plusieurs jours, accompagnées par des ânes. L’installation d’une yourte où il organise des soirées fondues toute l’année fait le trait d’union entre ses activités de l’hiver et celles de l’été. La même année, il construit une cabane dans les arbres pour proposer un hébergement insolite aux touristes. « Il n’est pas beau mon bureau » questionne -t-il dans un large sourire, en pointant du doigt le massif du Cheval Noir qui domine la station. Pour ne plus quitter son village, Arnaud Fournier-Lambert est devenu un homme quatre saisons qui n’a cessé d’ajouter des cordes à son arc : moniteur et directeur de l’école de ski de Valmorel de décembre à avril, il est aussi à ses heures restaurateur, paysan, loueur d’hébergement, accompagnateur de moyenne montagne… Depuis peu, il commercialise et escorte des balades en trottinette électrique, été comme hiver (lire info pratique). A Valmorel, on craint autant qu’on apprécie son franc parler. L’homme n’a pas la langue de bois, et il n’a pas l’habitude de parler pour ne rien dire. C’est un bosseur qui a la tête bien faite. Il connaît les familles d’ici, les codes de la montagne et à l’avantage d’avoir une vision éclairée et lucide sur l’avenir de son territoire qu’il veut préserver ouvert et vivant.




















