
Tromso. À elle seule, l’évocation de cette ville du nord de la Norvège fait naître des images de grandes expéditions, d’ours polaires, d’aurores boréales, de fjords spectaculaires, de baleines, de chasse aux phoques, de sorties de pêche, de traîneaux tirés par des chiens, de rennes et de Saamis vêtus de costumes éclatants. Un imaginaire puissant, solidement ancré dans l’histoire.
Véritable porte d’entrée vers l’Arctique, Tromsø fut longtemps le point de départ des expéditions polaires. Pour revivre cette épopée, une visite du Musée polaire s’impose. Les expositions retracent la vie des explorateurs et chasseurs, l’hivernage, les conditions extrêmes et le quotidien souvent rude de ces hommes courageux, parfois téméraires, du XVIIᵉ siècle à nos jours. Animaux naturalisés, photographies anciennes, équipements d’époque, objets traditionnels et témoignages rendent l’ensemble saisissant. Installé dans les anciens bâtiments des douanes, le musée est lui-même un témoin de cette histoire.
C’est donc tout naturellement d’ici que nous allons partir pour notre périple, court mais intense, à la recherche des aurores boréales et à la rencontre des orques. Avant de rejoindre le port, nous flânons dans le centre historique : maisons en bois aux façades colorées, cafés chaleureux, cathédrale en bois, médiathèque contemporaine. De l’autre côté du large pont, la cathédrale arctique impressionne par son architecture moderne et ses vitraux monumentaux. Une halte au musée des trolls permet de découvrir ces créatures emblématiques de l’imaginaire norvégien.

Dernier arrêt avant l’embarquement : acheter une célèbre brioche à la cannelle. Derrière les grilles du port, le Nanook, solide yacht polaire, attend ses douze passagers. Loin des paquebots géants sillonnant les fjords, la compagnie Grands Espaces, fondée en 1998 par Christian Kempf, privilégie les bateaux à taille humaine. Cette approche permet d’accéder à des lieux préservés, inaccessibles aux grands navires, et d’explorer la nature avec simplicité et humilité. Ici, il s’agit de croisières « anti-croisière » : le bateau sert avant tout de moyen de transport confortable, l’essentiel se vivant à terre, en zodiac ou lors de randonnées sur des îles rarement visitées autrement qu’en ferry.
Les cabines sont agréables, la cuisine soignée. À bord, pas de casino ni de salle de spectacle, mais un sauna offrant une vue spectaculaire sur la nuit polaire. Les passagers se retrouvent dans un réfectoire convivial pour échanger avec les guides naturalistes, feuilleter des ouvrages consacrés à la Norvège, à sa faune et aux aurores boréales. L’un des guides joue également le rôle de directeur de croisière et anime les veillées nocturnes, promettant de réveiller tout le monde si les aurores percent enfin l’obscurité. Dans les cabines, combinaisons grand froid et bottes attendent les explorateurs.
Lors de cette première nuit, le sommeil reste paisible : les aurores se font discrètes, laissant seulement apparaître de timides lueurs vertes, comme pour mieux se faire désirer.
Le festin des orques
Au matin, un autre spectacle prend le relais. Après une nuit de navigation, la rencontre avec les orques — et même une baleine à bosse — émerveille les passagers. Dans les fjords de la région de Skjervøy, harengs et lieus noirs abondent, offrant un véritable banquet à ces impressionnants cétacés. L’émotion est intense lorsque des jets d’eau signalent l’arrivée des plus grands membres de la famille des dauphins. Pesant jusqu’à six tonnes et mesurant près de neuf mètres, les orques ignorent le Nanook et les zodiacs, poursuivant leur ballet majestueux.

Au cœur la toundra norvégienne
Les fjords dévoilent ensuite toute leur splendeur. Monumentaux, sauvages, ils laissent parfois apparaître quelques maisons isolées sur des îles battues par les vents. Le zodiac nous conduit jusqu’à l’îlot de Follesøya. Équipés de nos combinaisons et de nos bottes, nous longeons une plage de sable composée de minuscules fragments de corail avant de partir à l’exploration de l’île. Ici, aucun sentier balisé : il faut apprendre à marcher sur l’épais tapis de la toundra. La végétation, basse et résistante, s’est adaptée au climat rude et aux rafales parfois violentes. Quelques cabanes et un hangar à bateaux témoignent d’une présence humaine saisonnière. Le calme est absolu, l’esprit entièrement tourné vers la nature.
La navigation reprend le long des majestueuses Alpes de Lyngen. Les passagers restent silencieux, subjugués par ce spectacle impressionnant.
La navigation se poursuit le long des imposantes Alpes de Lyngen. À bord, le silence règne, tant le spectacle captive les regards. Après ces îlots quasi déserts, le village historique de Hamnnes, sur l’île d’Uløya, fait presque figure de centre urbain. Une route, quelques panneaux signalant le passage d’élans : c’est le plus ancien site commercial encore en activité dans le nord de la Norvège. Maisons traditionnelles aux façades colorées, petite épicerie, musée d’antan… Le village, peuplé d’une cinquantaine d’habitants, vit toute l’année. L’atmosphère, légèrement irréelle, est renforcée par les séchoirs prêts à accueillir le skrei (cabillaud) et par l’immense hangar où s’entassent des milliers de morues séchées destinées à l’exportation vers l’Afrique. Hamnnes est aussi le seul village de l’île dont les bâtiments ont échappé aux incendies lors de l’évacuation des troupes d’occupation en 1944, certaines constructions étant jugées « artistiquement précieuses ».
Le dernier soir de ce court voyage d’exploration, de retour à Tromso, le spectacle tant attendu rend la croisière définitivement inoubliable : des lumières d’un vert éclatant semblent danser dans le ciel, entourant le paysage et le Nanook d’une rare magie.
Coup de cœur
es aurores boréales
Elles surgissent dans le silence de la nuit polaire, comme un souffle de magie venu du ciel. Les aurores boréales fascinent l’humanité depuis toujours. Jadis, les Vikings y voyaient les reflets des armures des Valkyries guidant les âmes des guerriers tombés au combat vers le Walhalla. D’autres légendes racontaient que ces lueurs mystérieuses étaient celles des esprits qui se retrouvaient, ou encore des renards mythiques courant à toute allure dans la neige, faisant jaillir des éclairs verts au-dessus de l’horizon.
Aujourd’hui, même si la science explique ce phénomène céleste par les éruptions solaires et les particules chargées d’énergie entrant en collision avec le champ magnétique terrestre, le spectacle n’en est pas moins envoûtant. Les lumières dansent, ondulent et embrasent le ciel nocturne dans un ballet hypnotique qui laisse sans voix.
Au nord de la Norvège, Tromsø s’impose comme l’un des meilleurs points d’observation au monde. De septembre à fin mars, les nuits s’allongent et offrent les conditions idéales pour espérer apercevoir ces voiles lumineux. Rien n’est jamais garanti — c’est aussi ce qui rend l’attente si précieuse. Car lorsque les aurores apparaissent enfin, le temps semble suspendu. Un instant rare, intense, et profondément inoubliable.





























