
Avant chaque lancement, c’est toujours le même couplet à Kourou : l’évacuation de la base, le déplacement du bâtiment d’assemblage monté sur roulettes qui dévoile la fusée. Puis, il y a le GO de la tour de contrôle, ce grondement sourd, la terre qui tremble… Et une boule de feu qui fend le ciel à une vitesse ahurissante. Immédiatement, les jets de combustions libérés à haute pression par les booster de la fusée s’engouffrent sous le pas de tir dans deux fosses de 200 mètres de long, creusées dans le granit à 30 mètres de profondeur. Pour refroidir, ces jets brulants, et retenir les particules d’alumine, 1,3 million de m3 d’eau sont lâchés en quelques dizaines de secondes.
Au centre spatial européen de Kourou, un décollage est toujours l’aboutissement d’un long travail. Chaque fusée est assemblée pièce par pièce en salle blanche, directement sur le lanceur. Chaque objet qui rentre dans le bâtiment de préparation est décontaminé. « L’objectif est de réduire au maximum la poussière qui pourrait endommager les satellites une fois sur orbite » explique l’un des guides du centre spatial. La coiffe est toujours installée à la fin « pour protéger les satellites des frottements » pendant leur grand voyage. Mais une fusée, c’est aussi d’immenses réservoirs. 85% de sa masse au décollage est constituée de carburant, principalement de l’hydrogène et de l’oxygène liquide. Et quand ils sont vides, ces réservoirs sont largués et désintégrés dans l’atmosphère.
De l’Algérie à la Guyane
Cette aventure spatiale débute à la fin des années cinquante à Hammaguir, dans le désert algérien. En pleine guerre froide, de Gaulle veut que la France se dote de son propre programme spatial, pour ne dépendre ni de la Russie, ni des Etats-Unis. Mais l’indépendance de l’Algérie contraint la France à trouver un autre site. Ce sera Kourou en Guyane, une terre réputée sans cyclone, ni tremblement de terre. Autre atout : « la proximité de l’équateur permet de gagner en vitesse au décollage » ajoute le guide. Les travaux commencent dès 1964. La première fusée, Véronique, y décolle en 1968. Sept ans plus tard, le centre Guyanais devient celui de toute l’Europe et lance le programme Ariane.
Aujourd’hui, le site abrite toujours le CNES (Centre National d’Etude Spatiale), l’agence spatiale européenne, une station météo, mais aussi cinq usines pour produire les gaz et les fluides qui alimenteront les fusées. Au total ce sont 1500 salariés qui travaillent sur la base, auxquels s’ajoutent quelque 300 militaires de l’armée de l’air, de la marine, de la gendarmerie et de la Légion étrangère en charge de la sécurité le site.
Depuis leurs débuts, les fusées Ariane ont mis sur orbite quantité de satellites qui nous aident à communiquer, à nous orienter, à connaitre la météo… Certains sont lancés à 36 000 km de la terre. D’autres à moins de 500 km. Ils peuvent peser quinze tonnes ou seulement quelques kilos. Dans ce cas, ces nanosatellites sont envoyés par grappes, jusqu’à plusieurs dizaines en même temps. Mais quelle que soit leur taille, ils doivent tous être très solides pour résister aux températures extrêmes de l’espace et aux rayonnements cosmiques.
Vers un accueil des opérateurs privés
Le bus poursuit la visite sur cette base tentaculaire qui s’étend sur près de 660 km2 au bord de l’océan. C’est six fois la surface de Paris. Cette zone correspond à la zone d’évacuation, lors des lancements. L’essentiel est inoccupé, livré à la nature. Et comme la zone est protégée, la faune pullule. On y dénombre notamment 23 jaguars, soit la plus grosse concentration d’Amérique du Sud !
Loin de l’Europe, le centre spatial Guyanais poursuit activement son développement et vise les trente lancements par an d’ici 2030. Le pas de tir historique de la fusée Diamant est en cours de transformation pour qu’il puisse accueillir des petites fusées d’opérateurs privés. Le site projette également des investissements conséquents pour décarboner la production de l’hydrogène, mais aussi installer des panneaux photovoltaïques, afin de produire une électricité propre.


