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Ursula Laurent

Douce Nuit, Stille Nacht, Silent Night : un chant fait le tour du monde depuis 228 ans

# Voyage intérieur

# Autriche

Voilà 228 ans en Autriche, est né l’un des chants de Noël le plus célèbre du monde. Depuis 1818, il est entonné chaque année par plus de 2,5 milliards de voix à travers la planète, dans près de 320 langues et dialectes.

La chapelle Stille Nacht à Oberndorf. Photo Eva-Maria Repolusk © Salzburger Land Tourismus

Depuis 2011 Stille Nacht, heilige Nacht fait partie du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. L’origine de « Douce Nuit », se trouve en Autriche, le Tyrol et plus précisément la région de Salzbourg. De petits musées dans les villages de Wagrain, Fügen, Hochburg et Arnsdorf content l’histoire de ce chant exprimant l’espoir, donnant du réconfort, qui fait chaque année le tour du monde pendant les semaines précédant Noël.

Cette belle histoire débute en 1816. Dans une région martyrisée par les guerres napoléoniennes, un jeune prêtre, Joseph Mohr, écrit un poème qui exprime l’espoir d’une vie meilleure et en paix. Deux ans plus tard, voulant offrir une belle cérémonie à ses paroissiens, il demande à son ami Franz Gruber, instituteur et organiste, de mettre ce poème en musique pour 2 voix solo avec chœur et accompagnement à la guitare.

C’est dans son école d’Arnsdorf, que Franz Gruber a composé la célèbre mélodie. Si le bâtiment accueille toujours des écoliers, il abrite aussi un petit musée à l’étage avec une très belle représentation de la Nativité. C’est la plus ancienne école encore en fonction en Autriche.

Deux ans plus tard, Noël se prépare dans le petit village d’Oberndorf, non loin de Salzbourg. Après la messe de minuit, en décembre 1818, dans l’église Saint-Nicolas, Mohr et Gruber entonnent Stille Nacht avec une guitare pour seul accompagnement l’orgue étant tombé en panne. Le texte, simple, et la mélodie, composée comme une berceuse, avec la douceur d’une valse lente, touchent le cœur des paroissiens.

Les "pères" de Douce Nuit. La représentation de Jospeh Mohr (à gauche) n'est qu'une invention, il a toujours refusé que l'on fasse son portrait.

L’église des bateliers Saint-Nicolas n’existe plus, trop endommagée par des inondations de la rivière Salzach qui coule à proximité, marquant la frontière entre l’Autriche et l’Allemagne. A son emplacement se dresse depuis 1936 la chapelle du souvenir Stille Nacht qui draine tout au long de l’année des visiteurs du monde entier. Les deux vitraux montrent Joseph Mohr et Franz Xaver Gruber.

Un succès commercial

Un facteur d’orgue, Karl Mauracher, l’aurait entendue à Oberndorf et fait découvrir à des familles de chanteurs tyroliens dans le Zillertal. Dix ans plus tard, le chant était classé numéro 1 aux États-Unis. Un succès dû notamment à la famille Rainer.

Après l’avoir interprété avec beaucoup de succès devant le tsar Alexandre Ier et l’empereur autrichien François Ier dans le village de Fügen, les Rainer entament une véritable tournée à travers l’Europe. Ils font fortune, se produisent aux États-Unis, en Russie, en Turquie et deviennent un peu les « pop stars » de l’époque. Une autre famille répand Stille Nacht en Allemagne : les Strasser, des marchands ambulants du Tyrol. Pour attirer les clients vers leur stand proposant des gants, ils chantent, eux aussi, le célèbre hymne de Noël. Il plaît tellement que les Strasser sont invités à se produire dans des théâtres et des églises. Ils abandonnent définitivement leur commerce pour se consacrer à la chanson…

Dans leurs tenues traditionnelles, les chanteurs du Tyrol ont eu un immense succès.

Longtemps considérée comme une simple chanson populaire de cette contrée montagneuse, elle n’a été attribuée à Franz Gruber qu’en 1854, à la suite d’une demande de reconnaissance officielle du compositeur. Une partition originale, conservée au musée de Salzbourg, en atteste.

Hymne international de la paix

Stille Nacht, Heilige Nacht n’est pas un chant de Noël parmi d’autres : il a valeur d’hymne international de la paix. En 1914, quelques mois après le début de la Première Guerre mondiale, il est au cœur du « miracle de la fraternisation » : le 24 décembre, les armes se taisent dans les tranchées, sur le front d’Ypres, en Belgique. Des soldats de plusieurs nationalités célèbrent le « Noël de la guerre ». Ils jouent au football ensemble, échangent de petits présents et entonnent Stille Nacht, Douce nuit, Silent night, chacun dans sa langue. Tous partagent le même vœu : que la paix revienne.

Un vœu pieu, les combat reprennent et 27 ans plus tard, une nouvelle guerre déchire le monde. Mais à nouveau, le chant de Noël est entonné en 1941, par le président américain Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill, dans le jardin de la Maison blanche à Washington. Silent night, la version anglaise, était tellement répandue, que beaucoup d’Américains pensaient d’ailleurs que c’était un chant traditionnel américain.

Plus de deux cents ans après sa création, le chant est devenu un véritable hymne universel, inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco depuis mars 2011. En Autriche, de nombreux musées et villages proposent des expositions, des sentiers thématiques à parcourir. Il existe un site internet dédié, une comédie musicale, un téléfilm, des concerts, des livres et des CD… et même une bière baptisée « Stille Nacht » !

Voyage autour du monde à Wagrain

Le nouveau musée de Wagrain, village qui abrite la dernière demeure du curé Joseph Mohr, dévoile la dimension internationale de Stille Nacht.

Sur l’habillage extérieur, les strophes de Stille Nacht se découpent en filigrane sur une vaste baie vitrée. En poussant la porte du musée installé dans le Pflegerschlössl, joyau de style baroque, le visiteur part pour un voyage à travers le temps et autour du monde. Si le musée retrace aussi l’histoire de Wagrain et de sa région, son cœur bat au rythme du célèbre chant de Noël. On y apprend, évidemment, les circonstances de sa composition et de son interprétation en 1818. Des missionnaires catholiques et protestants ont fait connaître le chant sur tous les continents et à ce jour le texte a été traduit dans plus de 300 langues et dialectes : chinois, arménien, hawaïen, perse, turc… Une version a même été envoyée depuis Lambaréné, au Gabon, par un certain… Albert Schweitzer !  La signification des textes traduits est souvent assez éloignée de l’original et même de son contexte religieux. La présentation interactive du musée rend sa visite particulièrement intéressante. Lorsqu’on promène son doigt sur un globe, des images présentant Noël apparaissent. Chacun peut d’ailleurs envoyer quelques photographies, une petite vidéo ou un texte, pour alimenter cette belle animation. Sur un mur, le titre de la chanson se décline dans de nombreuses langues et un simple clic permet de découvrir près de 200 traductions.

En écoutant quelques versions dans une langue étrangère, comme le chinois ou le coréen, on doit se rendre à l’évidence : peu importe la langue, la magie du chant opère toujours, tant la mélodie fait partie de notre mémoire collective

Coup de cœur

Décembre avec les « Austria Guides »

Dans le Salzburger Land, la région autour de Salzbourg, les semaines avant Noël sont empreintes de beauté, de traditions, de convivialité. Ici, les petits et grands marchés, les « Christkindlmärkte »,  sont encore authentiques ; des balades à la lueur de torches créent une ambiance magique ; des parcours thématiques racontent l’histoire du chant mythique et de ses compositeurs. La ville de Salzbourg, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, a vu naître Joseph Mohr.

Des visites guidées avec les « Austria Guides » mènent à travers la vieille ville, passent par la cathédrale avec les fonts baptismaux dans lesquels ont été baptisés Wolfgang Amadeus Mozart et Joseph Mohr.

Au gré de la balade, les guides dévoilent des petits coins secrets, racontent les traditions populaires, font découvrir l’artisanat régional et goûter des spécialités culinaires.

Infos pratiques

INFOS

https://www.stillenacht.at/

La chapelle Stille Nacht se trouve à Oberndorf, 30 km au nord de Salzbourg
Stille Nacht-Platz 2, A-5110 Oberndorf bei Salzburg
Stille-Nacht-Kapelle

La chapelle est ouverte toutes l'année de 8.30 à 18.00h.
Le musée atténant Stille Nacht-Museum donne plus d'informations sur la création et l'évolution de ce chant de Noël.

Musée Stille Nacht, Pflegerschlössl à Wagrainwww.wagrain-kleinarl.at 

Tous les rendez-vous autour de Noël et ses traditions dans la région de Salzbourgwww.stillenacht.com

Ecole et musée à Arnsdorf, Stille Nacht Platz 1, A-5112 Lamprechtshausen/Arnsdorf http://www.stillenachtarnsdorf.at

Tous les lieux liés à la chanson:https://www.salzburgerland.com/de/stille-nacht-orte/

Les guides de Salzbourghttps://www.salzburgguides.at/

Douce Nuit, Stille Nacht, Silent Night : un chant fait le tour du monde depuis 228 ans
Un reportage de Ursula Laurent